Un petit article pour vous signaler une initiative qui vous intéressera sans doute, et pourrait bien changer (un peu) le monde politique tel que nous le connaissons.
Deux jeunes entrepreneurs français tentent en ce moment de lancer un journal de débats.
Le concept, c'est d'avoir pour chaque sujet d'actualité le Pour et le Contre avec autant de place pour l'un que pour l'autre. Le but : pouvoir se forger sa propre opinion.
Pour cela, ils feront appel, non pas à des journalistes, mais à des hommes politiques, des experts, des bénévoles d'associations, des ONG... bref, des gens qui sont légitimes sur le sujet.
Le but étant de permettre aux lecteurs de se forger leur propre opinion, tout en les intéressant au débat public, il y a de fortes chances que cela permette d'améliorer un peu les choses...
Pour avoir plus d'informations sur leur site : Le Drenche à l'adresse http://ledrenche.fr/
Ils ont également une campagne de financement en cours à l'adresse : http://www.kisskissbankbank.com/le-drenche-journal-national-gratuit-de-debats
Cela leur permet de rester complètement indépendant, donc n'hésitez pas à contribuer, même modestement.
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jeudi 22 janvier 2015
lundi 25 juillet 2011
La souche du problème
La Norvège. Pays dont on se sait finalement pas grand chose, tant on en parle peu habituellement dans nos médias franco-français. Tout ce qu'on sait généralement, c'est qu'ils ont des criques et des lagunes qui portent le même nom que des yaourts Danone, qu'ils ont des élans (ou des rennes, ou des caribous, on n'est plus très sûrs), et que leurs voisins ont inventé Ikéa.
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| Ce qu'on connaît le mieux de la Norvège. |
Et voila que soudainement, elle se retrouve en une de tous les journaux. Finies, les négociations sur la crise européenne, finies, les 12 millions de personnes qui crèvent la faim en Somalie, finis, les insurgés syriens qui se battent pour leur liberté ; on ne parle plus que de la Norvège et du terrible massacre qui a secoué le pays.
Non pas qu'il ne faut pas en parler, bien au contraire. Mais on est bien rapides à oublier les millions de Somaliens qui meurent... Je me posais la question : et si les évènements étaient survenus dans l'autre sens ? Aurait-on éclipsé les 94 Norvégiens pour parler des 12 millions de Somaliens ? Sûrement une question bête...
On dit qu'une blanche vaut deux noires. C'est faux. Aux yeux de nos médias, une vie blanche vaut bien plus que des milliers de vies noires. Car voilà bien le fait choquant : ce sont des blancs, blonds, qui ont été tués. Des fusillades qui tuent des dizaines de personnes, il y en a tous les mois au Pakistan et en Afghanistan, et on y accorde à peine quelques secondes en fin de JT, ou un recopiage de dépêche AFP en fin de journal.
Alors forcément, quand on entend "bombe", on pense "terrorisme". Et quand on pense "terrorisme", on pense... (allez, je suis sûr que vous l'avez)... "musulman", bien sûr. Et d'habitude, ça ne rate pas.
Mais ici, quelque chose cloche. Pas de musulmans, pas d'Arabes, pas d'Al Qaïda... Et c'est tellement surprenant qu'on nous précise que le suspect arrêté est "un Norvégien de souche" (expression reprise dans la quasi-totalité des médias français : Le Monde, Le Point, Le Parisien, le Figaro, Europe1,la Croix, le Nouvel-Obs, TF1...). Moi, une expression comme ça, ça m'interpelle. Détaillons ensemble, si vous le voulez bien.
"Norvégien de souche", ça signifie déjà qu'il y a deux types de Norvégiens. D'un côté, les vrais Norvégiens, les Norvégiens "de souche". Ceux-ci sont blonds, grands, ont des noms imprononçables, et surtout, ils sont purs : ils n'ont pas été croisés avec des immigrés, ils sont chrétiens et droits dans leurs bottes. C'est du 100% pur de chez nous. Et de l'autre côté, on a les Norvégiens au rabais. En fait, ce ne sont même pas des vrais Norvégiens. Avant, ils vivaient dans un pays nettement plus au Sud où on égorge des moutons et où on écrit à l'envers. D'ailleurs, regardez : ils sont musulmans, alors que les vrais Norvégiens sont chrétiens. Et ils parlent avec un accent bizarre. Bref, il n'y a vraiment que sur le papier qu'ils sont Norvégiens. Leur vraie nationalité, c'est "musulman" (rappelez-vous...). Ceux-là, on est habitués à ce qu'ils nous fassent péter des bombes. Mais un vrai, pur, blanc, Norvégien de souche, là, ça vaut quand même la peine qu'on le précise.
| Quand on entend "attentat terroriste", on s'attend d'avantage à voir apparaître l'image de gauche que celle de droite. |
Et tous les articles précisent que le suspect est "un Norvégien de souche", qu'il est "fondamentaliste chrétien", et "lié à l'extrême droite, même si cela ne permet pas d'établir un lien avec ses actes". Devinez ce que les mêmes médias auraient dit si à la place de s'être appelé Anders Behring Breivik, il s'était appelé Mohammed al Islam. On aurait dit "le suspect est d'origine arabe. Il est intégriste (personne n'aurait alors utilisé le terme "fondamentaliste") musulman, et ses sympathies avec l'Islam font immédiatement penser au spectre d'Al Qaïda", faisant ainsi joyeusement les amalgames habituels entre opinion, religion, terrorisme, origine, et Islam. Vous pensez que j'exagère ? Relisez les articles parus lors des derniers faits d'armes d'Al Qaïda en Europe...
Et derrière ces détails, qu'est-ce que ça aurait changé si le suspect n'avait pas été Norvégien "de souche" ? Les jeunes qui faisaient du camping sur l'île ne seraient pas morts ? On aurait trouvé ça plus normal ? On se serait contentés de dire "il est extrémiste musulman (deux mots pratiquement synonymes maintenant), c'est normal qu'il tue des innocents" ?
Et encore, il n'a tué que des Norvégiens. Parce que si un Français avait eu le malheur de se retrouver dans ce carnage, on aurait encore eu droit au fameux titre "100 morts, dont un Français"... Comme quoi toutes les vies ne se valent pas. Pour les médias, en tous cas. J'ose encore espérer que pour le reste, tous les hommes naissent et demeurent égaux... Mais d'où je tire cette phrase, moi ?
vendredi 3 décembre 2010
Wikifuites : le Wikileaks à la française
Depuis quelques jours, les journalistes du monde entier usent leurs claviers pour décortiquer jusque dans les moindres détails les quelques 250000 télégrammes américains qui ont été relâchés dans le domaine public par le site suédois Wikileaks.
250000, ça fait une somme, ma brave dame. Et tout ça sans qu'on s'en aperçoive. Parce que la copie de 250000 fichiers, ça ne doit pas passer inaperçu sur un réseau. M'est avis qu'il y a du avoir quelques licenciements suite à cette affaire. (Note personnelle : ne pas demander aux américains d'améliorer la sécurité informatique des réseaux diplomatiques français. Les Nord-Coréens ont l'air pas mal dans ce domaine).
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| Traduction : "Essaye de publier nos télégrammes et voila ce qu'on va t'envoyer". La Corée du Nord est très forte en matière de sécurité des réseaux. |
Mais là n'est pas le coeur de la question. Considérons plutôt ce que les journalistes et les médias retirent de cette masse d'information à l'état brut. Et lorsqu'on voit ce qu'il ressort, deux constats sont frappants :
Premier constat : les gros titres veulent du people. Il suffit de voir quels articles sont les plus développés dans les journaux. On se fout pas mal des tensions entre le Yemen Sud et l'Arabie Saoudite, on se tape complètement de l'Afrique (y a-t-il même des diplomates sur ce continent ?), et des questions économiques, industrielles et scientifiques (il est bien connu que ces sujets sont d'une importance mineure, et que ce n'est pas ça qui fait avancer le monde). Par contre, on cherche les "petites phrases".
Les petites phrases ont plusieurs avantages incontestables : elles sont simples à comprendre (pas besoin d'avoir fait des études, ni même d'avoir un pouvoir de réflexion supérieur à celui de Steevy Boulay d'une mouche pour en comprendre le sens), elles ne demandent absolument aucun talent à nos journalistes pour en faire un article, et surtout, elles "font le buzz".
Et aujourd'hui, faire le buzz, coco, c'est ça qui compte ! Parce que tu crois que notre journal il est lu par des prix Nobel ? Ce qu'on vise, c'est la ménagère de moins de 50 ans, et si ça te va pas, tu peux toujours aller raconter tes états d'âmes dans le bureau du PDG (rires).
Et aujourd'hui, faire le buzz, coco, c'est ça qui compte ! Parce que tu crois que notre journal il est lu par des prix Nobel ? Ce qu'on vise, c'est la ménagère de moins de 50 ans, et si ça te va pas, tu peux toujours aller raconter tes états d'âmes dans le bureau du PDG (rires).
C'est ainsi que les gros titres se focalisent sur le fait que Sarkozy ait été jugé autoritaire et capricieux, ou que Angela Merkel soit peu imaginative. On apprend aussi que Kadhafi ne peut pas voyager sans sa nurse Ukrainienne, blonde, jeune et pulpeuse. Voila, ça c'est de la diplomatie ; on veut des blondes aguicheuses, des petites phrases et des déclarations qui feront croire que le monde politique ressemble à une saison des Feux de l'Amour. C'est ce qui intéresse les gens, bien plus en tous cas que les questions politiques (Note personnelle : ne pas prendre les gens pour des cons, mais ne pas oublier qu'ils le sont).
Notons aussi que le travail de journalisme est énorme. Les guillemets fleurissent à tous les coins de phrase, et on ne compte plus les articles qui ne font qu'un copier-coller traduit d'un télégramme américain. Si le boulot des journalistes étaient de faire de l'analyse et du décryptage, ça se saurait...
Cela nous amène d'ailleurs au deuxième constat ; quand un document est classé top secret, il est également tout de suite beaucoup plus crédible. D'un coup, tout ce qui est marqué dans le document est pris pour argent comptant, et passe pour une vérité absolue.
"T'as vu ? Ils ont dit que Angela Merkel n'avait pas d'imagination."
"Ah ouais, c'est fou ! C'est vrai qu'elle a pas l'air futé !"
Et on balance ça dans tous les journaux sans même mentionner qui est l'auteur, ni sur quoi il se base pour dire ça. On ne peut pas imaginer un instant que l'obscur employé de l'ambassade américaine en Allemagne qui rapporte ses impressions dans un télégramme soit une grosse buse, qu'il ait un quelconque intérêt à dire ça, où qu'il se trompe dans son jugement. On ne dit pas d'ailleurs non plus si cet avis est confirmé par d'autres télégrammes, ou si c'est juste un court passage d'un petit télégramme et que tous les autres affirment qu'au contraire, il s'agit d'une personnalité brillante.
D'ailleurs, à lire ce qui ressort dans les médias, on a l'impression que la moitié des présidents de la planète ont un QI à peine supérieur à un candidat de Secret Story ; à se demander comment ils ont pu monter jusque là, être choisi par leur entourage et leur parti politique, et élu par plus de la moitié des habitants d'un pays...
En plus, avouons que toutes les infos relâchées sont des scoops retentissants ; Sarkozy autoritaire et capricieux ? Nom d'une endive, voilà quelque chose que personne n'avait remarqué ! On comprend que le document soit classé secret. A peu près 18733 personnes ont du l'écrire avant, mais c'est vrai que quand c'est classé secret, ça a quand même vachement plus de poids.
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| "Sarkozy n'est pas grand" selon un télégramme américain. Reconnaissons que la nature des informations divulguées est hautement secrète. |
Mais rangeons cet esprit critique dérangeant quelques instants, et essayons de tirer les leçons de cette histoire incongrue.
En tant que conseiller spécialisé en questions incongrues auprès du gouvernement, j'ai proposé au président Sarkozy de lancer un site équivalent à Wikileaks en français, batpisé "Wikifuites" et dans lequel on pourrait relâcher des télégrammes hyper-super-top-confidentiels-secrets. On y lirait, dans des télégrammes provenant des services secrets américains (car les services secrets américains ne mentent jamais et ne se trompent jamais, ils l'ont dit à la télé - forcément, si on avait relâché des télégrammes mozambicains, ça aurait fait moins de bruit) des titres divers et variés, immédiatement copiés-collés par tous les grands médias. Voici quelques exemples des titres qui sortiraient dans la presse :
"Sarkozy est un grand président" (Wikifuites)
D'après les télégrammes de la CIA relâchés récemment sur Wikifuites, Sarkozy est jugé comme "quelqu'un d'hyper intelligent" par les diplomates américains, qui ajoutent d'ailleurs "il a raison sur toute la ligne" ou encore "d'ailleurs, il n'est pas si petit que ça".
"Martine Aubry a des grosses chevilles" (Wikifuites)
Un des télégrammes rendus publics aujourd'hui précise même qu'elle ne pourrait pas prendre l'avion sans ses bas de contention, et qu'elle insiste pour prendre un jus d'orange avec une touche de grenadine avant le décollage.
Bref, tout un tas de sujets passionnants qui pourraient nous permettre de faire passer en douce quelques réformes bien senties.
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| Le logo du site "Wikifuites" s'attirerait immédiatement les faveurs du troisième âge. |
Le gouvernement pourrait également en profiter pour influencer en douceur la presse nationale, et se mettrait également les journalistes dans la poche, trop contents qu'on leur pré-mâche le boulot en les abreuvant de "petites phrases" faussement scandaleuses pour la plus grande joie des ménagères de moins de 50 ans (qui se feront ensuite mousser en lisant dans Le Monde des ragots au moins dignes de Closer).
Bon sang, pourquoi faut-il encore une fois traverser la manche pour trouver des infos de qualité : quand fera-t-on un appel du 18 juin pour le journalisme (ceux qui ont répondu "le 18 juin" montrent là un début de logique... rien n'est perdu).
Bon sang, pourquoi faut-il encore une fois traverser la manche pour trouver des infos de qualité : quand fera-t-on un appel du 18 juin pour le journalisme (ceux qui ont répondu "le 18 juin" montrent là un début de logique... rien n'est perdu).
mardi 2 novembre 2010
Oh zut, mon IPhone n'a pas sonné !
Dans un article pour le moins percutant, un journaliste du Monde.fr nous apprenait ce matin que l'on avait trouvé un bug sur l'IPhone. Grands Dieux, vous exclamez-vous ! Et déjà vous tremblez des conséquences terribles que cette révélation pourrait avoir.
Figurez-vous, que dans certaines circonstances, sur certains IPhones et sous réserve de réglages particuliers, le réveil de l'IPhone n'avait pas pris en compte le changement d'heure, entraînant le retard au travail de plusieurs utilisateurs du produit Apple.
Diantre... Voilà une information de taille ! Bigre, ajouterai-je, empli d'admiration ; ça c'est du journalisme !
Mais détaillons un brin l'article. On nous apprend que "le bug se produit uniquement si la fonction réveil est réglée pour sonner "les jours de la semaine", "le week-end", "tous les lundis" ... Par contre, l'erreur ne se produit pas si le réveil est réglé sur "tous les jours", ou si l'alarme n'est pas réglée sur le mode "répéter". Fascinant !
De plus, l'erreur ne se produit que sur les IPhones 4 ou 3GS. Enfin, seuls les utilisateurs qui ne se sont pas rendu compte de cette erreur dimanche, mais aussi lundi 1er novembre, férié se sont fait avoir. Ajoutez à cela ceux qui utilisent un réveil normal, et on peut aisément imaginer que le problème concerne suffisamment de personnes pour qu'on en parle dans un journal comme Le Monde.
D'après les dernières estimations, ce phénomène technologique concernerait autant d'individus que le problème du choc du petit doigt de pied dans le pied du lit, soit l'équivalent de la population totale des minorités turques de la banlieue de Hambourg.
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| Toujours plus en avance dans la technologie, Apple va lancer l'IPhone-suppositoire. |
Pour étayer ce point de vue, l'article va chercher d'avantage d'informations sur la source numéro 1 des journalistes modernes : Twitter. Je cite : "Bravo Apple ! Je dois utiliser un bon vieux réveil plutôt que de compter sur mon iPhone", conclut un utilisateur énervé sur le site de micro-blogging Twitter, où ont été postés des dizaines de commmentaires comparables.
En effet, le phénomène est de taille ; des DIZAINES de personnes sont concernées. Vindieu, heureusement que les journalistes sont là pour nous apporter l'information !
Refaisons l'histoire, désormais. Jérémy, journaliste au Monde.fr, ne s'est pas réveillé mardi matin au moment d'aller au boulot, à cause d'un bug sur son IPhone. D'autres distraits ne se sont pas réveillés parce qu'ils ont simplement oublié de changer d'heure, comme chaque année.
En arrivant au boulot, Jérémy se connecte sur Facebook et Twitter, comme tous les matins pour commencer sa journée et trouver des infos à raconter. Et là, "MDR" s'exclame-t-il, la même mésaventure est arrivée à deux de ses copains parisiens-snobs-journalistes, qui comme lui, utilisent l'IPhone (Jérémy est convaincu que désormais, 80% de la population française utilise l'IPhone, tellement c'est la classe). Le statut twitter de son pote Léonard indique même : "Putain d'IPhone qui marche pas, vive les vieux réveils. VDM", ce que Jérémy transformera pour écrire la phrase sus-citée.
15 minutes plus tard, Jérémy a pondu son premier article de la journée, pour un résultat grandiose que nous connaissons.
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| L'IPhone a aussi une extension "pavé" pour pouvoir assommer les journalistes qui écrivent des articles inintéressants à son sujet. |
Sinon il y avait aussi des élections en Côte d'Ivoire, le choléra en Haïti, le Japon qui rappelle son ambassadeur à Moscou, mais ce serait quand même dommage d'en parler. Laissons ce boulot aux journalistes, et contentons-nous de faire des articles que tout le monde peut faire. D'ailleurs, Le Monde pourrait bientôt se renommer en Tout Le Monde, pour mieux refléter les sujets visés par ses journalistes.
dimanche 19 septembre 2010
Le Monde du rayonnement français
Depuis qu'on les a envahit pour la dernière fois en 1066, il faut bien reconnaître que les Anglois se sont plutôt bien portés sur la scène internationale. La preuve la plus éclatante en est qu'alors même que le blason de la reine est en français, le monde entier parle anglais. On a quand même lamentablement merdoyé quelque part, sachant que la langue internationale a été le français pendant plus de 5 siècles (La peste soit des Anglois est bien plus gracieux que l'expression fucking rosbeefs !).
En résumant l'histoire, on s'est pris un paquet de bonnes branlées contre la perfide Albion, à tel point qu'on est toujours obligé de remonter à cette fameuse bataille de Hastings pour retrouver la dernière fois qu'un Français a mis le pied sur la terre du plum pudding en conquérant. Pire, on est même venu se réfugier chez eux à chaque fois que ça bardait un peu trop chez nous, comme après la Révolution ou pendant l'attaque des Teutons sur notre belle terre de fromages.
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| On aurait sûrement gagné plus de batailles contre les Anglais en leur lançant ce genre de projectiles. |
Du coup, on a tiré un trait sur nos vains espoirs de victoire militaire écrasante sur les Rosbeefs pour se concentrer sur notre arme la plus redoutable : le fromage la culture. Oui, la culture française est mondialement renommée et nous en sommes très fiers. Sauf qu'en tant que bons Français, on a un peu tendance à se reposer sur nos lauriers. Il est vrai que passer de Lully, Rousseau, Molière, Debussy, Voltaire et Delacroix à Cindy Sanders, Steevy Boulay (notez comme les noms sont français) et Christian Clavier, ça nous a foutu un sacré coup. Mais personne ne semble s'en être rendu compte ; nous gardons la tête haute et fière, et voyageons partout dans le monde convaincus que seule la France est encore un pays largement au-dessus du lot en termes de culture.
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| La traduction pour l'édition française reflète bien l'image que les Français ont de leur culture. |
Monuments de notre prétendu rayonnement sur le monde, les médias illustrent parfaitement la puissance de notre culture et la qualité de notre information. Détaillons un brin cette assertion en comparant la fierté de notre système d'information : Le Monde, et comparons-le à celui qui fait la fierté de nos voisins bouffeurs de jelly ; la BBC.
Je m'en vais vous exposer en quelques points les principes qui font qu'on est vachement plus forts.
Principe n°1 : on est vachement plus ouverts et plus forts
Il suffit pour cela de regarder le titre du journal. Alors que les Anglais ont un nom ridicule (British Broadcasting Corporation, je vous demande un peu...), un nom avec lequel on peut en un clin d'oeil reconnaître qu'ils sont anglais, nous avons un titre universel. Le Monde, ça va vous parler du monde entier pour informer le monde entier. On aurait presque pu l'appeler L'Univers s'il y avait eu des gens sur la Lune. Bref, la couleur est annoncée ; nous sommes internationaux et nous rayonnons sur le monde entier quand les Rosbeefs se contentent de diffuser des trucs british sur un pays où il pleut tout le temps.
Gros plan : le logo
En France, on adore avoir un logo qui en jette un peu. C'est en effet bien plus important qu'avoir un produit de qualité. On préfère en effet claquer 2,4 millions d'euros dans le logo de l'ANPE pour le changer 5 ans plus tard pour 500 000 € de plus parce que l'ANPE s'appelle Pôle Emploi, plutôt que d'investir cet argent dans de nouveaux emplois.
En témoigne la banalité affligeante du logo de la BBC, alors que celui du Monde, en jolies lettres gothiques, fait référence à la période glorieuse et révélatrice de la puissance française à laquelle le journal a été créé ; 1944, soit l'apogée de la France (une petite pensée émue pour le Maréchal, je vous prie).
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| Le premier logo du Monde a été changé peu après sa création, pour lui préférer une version plus discrète. |
Principe n° 2 : International, mais pas trop
Je me suis posé une question bizarre récemment. La BBC propose ses informations et ses analyses en 32 langues différentes, alors même que la moitié des gens qui ont accès à internet dans le monde parle anglais (sauf en France, où ce pourcentage est bien plus faible). Si on veut informer le monde avec un journal qui s'appelle Le Monde, on doit forcément faire mieux que nos voisins d'outre-manche. Quel ne fut pas mon désarroi quand j'ai découvert que Le Monde sur internet n'existe qu'en français. Même pas une version en anglais, non, rien du tout. Je me suis heureusement rassuré en me rappelant que la langue la plus parlée dans le monde était le français, et que tout un chacun a le dernier Voici Molière comme livre de chevet, du fin fond de l'Ouzbékistan jusqu'au Cap Horn. Ouf !
Principe n°3 : Rien que de l'information
En continuant à traîner sur le site de la BBC (mais pourquoi, me direz-vous, quand on a une information de si grande qualité en France, aller traîner sur le site de la BBC ?), je me suis rendu compte avec stupéfaction qu'une fois sur 5, il y a une publicité sur la page d'accueil. Stupeur et effroi ; on m'assaille avec de la pub alors que je ne cherche qu'une information de qualité. Heureusement qu'on n'a pas ça chez nous !
Un simple coup d'oeil sur la page du Monde.fr suffit à nous en convaincre ; pas moins de 17 encarts publicitaires sur la simple page d'accueil sur des sujets aussi intéressants que "achetez une voiture", "achetez une montre", "rencontrez enfin le vrai amour" ou "Serrurier - Vitrier", autant de sujets qui correspondent exactement à ce qu'on recherche en allant sur un site d'informations.
Summum des analyses de mots-clés pour les publicité, l'encart "Date Afghani Girls" en face de l'article sur l'interdiction du voile, fabuleux (je vous jure que c'est vrai) !
Décidément, ces anglais sont vraiment trop cons de ne mettre que de l'info sur leurs sites d'info ; nous au moins, on sait qu'on va devenir riches grâce à la publicité sur internet (encore un truc qui a du se décider dans un comité de direction du haut management dédié à la rentabilisation des services annexes du Monde, grâce à un consultant américain payé 5000 $ la journée, parce que tu comprends, Coco, c'est ça l'avenir !).
Principe n°4 : A la pointe de la technologie
Preuve éclatante de notre supériorité technologique, Le Monde a incorporé à son site les technologies informatiques de dernier cri, comprenez Fessebouque, première source d'information des médias français avec Touittère. Quel avancée ! On va enfin pouvoir commenter "Trop lol" en voyant le taux d'abstention aux dernières élections, et demander "Cé ou le Paquistan ?" quand on nous parle des inondations dans ce pays flou.
Encore une fois, les British ne mettent que des articles, c'est d'une banalité affligeante.
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| Avant même Facebook, le Monde faisait déjà paraître son journal sur son mur, preuve éclatante de l'avance technologique des médias français. |
Principe n°5 : Une information de qualité
C'est là la principale différence entre les anglais et nous ; nos informations sont "de qualité". La preuve elles sont écrites par... des journalistes diplômés ? Des économistes ? Des analystes politiques ? Non, laissons cela aux anglais. Nos informations sont écrites par bien mieux que ça ; des Français. Et pas n'importe lesquels ; nous, monsieur et madame tout le monde. En effet, sur la page d'accueil, une belle place est faite pour nos opinions, nos commentaires sur les articles, les blogs d'abonnés, les chroniques d'abonnés... On se demande même pourquoi on embauche encore des journalistes, alors qu'on sait si bien faire l'information.
On nous demande également notre avis sur des sujets primordiaux, puisque notre avis est bien plus important que ce qu'il se passe ailleurs (évidemment, puisque c'est ailleurs, alors que nous on est là). On devrait même peut-être s'informer sur les forums internet, ce serait bien plus instructif.
Le sondage en ligne nous demande notre avis d'experts sur des questions importantes (encore une fois je n'invente rien) :
Selon vous, Nicolas Sarkozy a-t-il eu raison ou tort de prendre à partie José Manuel Barroso comme il l’a fait à Bruxelles après les critiques de la Commission et celles de Viviane Reding sur la politique de la France à l’égard des Roms ?
Voila une question primordiale de savoir si notre Président à bien fait de répondre à ce qu'avait dit José Manuel Barroso à propos des critiques de Nicolas Sarkozy en parlant des critiques de Viviane Reding qui critiquait la politique de Nicolas Sarkozy quand il parlait des Roms ! Ca c'est de l'info, bien plus importante que le bien fondé des mesures engagées, et c'est pas les British qui vont répondre à des questions comme ça, ah mais !
Principe n°6 : Nous, on sait ce qui est important.
Nous, on parle vraiment de ce qui se passe dans le monde, c'est le titre de notre meilleur journal. Quand les anglais font des "Breaking News" sur des attentats à Bagdad, nous on en fait sur des soupçons de lettre qu'aurait écrit Eric Woerth pour recommander la légion d'honneur à l'employeur de sa femme. On sait bien que tout le monde s'en tape quand des étrangers meurent. Ils n'avaient qu'à vivre en France. Non ? On n'en veut pas ? Bah ils n'avaient qu'à pas naître étrangers alors !
De manière plus générale, on trouvera sur le site du Monde des articles parlant de ce qu'il se passe dans nos belles provinces, des articles sur Susan Boyle dans la catégorie "culture", et une catégorie "international" qui parle de temps en temps d'une polémique sur la viande hallal dans les hamburgers aux Staïtse, autant de sujet qui demandent de profondes capacités d'analyse. On se demande bien pourquoi la BBC a pris soin de créer des catégories "Afrique" et "Moyen-Orient", alors qu'on sait bien que les gens qui vivent dans ces pays-là ne savent pas lire et n'ont pas l'électricité (décidément, on a une belle longueur d'avance sur les Anglais).
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| Méfiez-vous des trucages ! On sait bien que sans électricité, l'Afrique ne peut pas être reliée à Internet. |
Y a t-il encore vraiment besoin de continuer ce raisonnement éclatant ? Si vous ne l'avez pas encore compris, ce n'est pas demain la veille qu'on perdra notre suprématie sur le monde de l'information et sur le rayonnement culturel. Et j'aime autant vous dire que nos voisins britanniques feraient bien de s'inspirer de nous si ils veulent enfin avoir une information de qualité et un peuple cultivé. Vivement qu'ils reviennent dans le droit chemin de la culture et qu'ils se mettent enfin à écouter Cindy Sanders (et à parler français aussi, ça ne leur fera pas de mal).
Sur ce, je file retourner sur le blog la page Facebook du journal Le Monde pour enfin trouver des informations de qualité, parce que c'est comme ça qu'on créera un monde meilleur, sans clichés, et où les Rosbeefs parleront enfin français.
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