Un petit article pour vous signaler une initiative qui vous intéressera sans doute, et pourrait bien changer (un peu) le monde politique tel que nous le connaissons.
Deux jeunes entrepreneurs français tentent en ce moment de lancer un journal de débats.
Le concept, c'est d'avoir pour chaque sujet d'actualité le Pour et le Contre avec autant de place pour l'un que pour l'autre. Le but : pouvoir se forger sa propre opinion.
Pour cela, ils feront appel, non pas à des journalistes, mais à des hommes politiques, des experts, des bénévoles d'associations, des ONG... bref, des gens qui sont légitimes sur le sujet.
Le but étant de permettre aux lecteurs de se forger leur propre opinion, tout en les intéressant au débat public, il y a de fortes chances que cela permette d'améliorer un peu les choses...
Pour avoir plus d'informations sur leur site : Le Drenche à l'adresse http://ledrenche.fr/
Ils ont également une campagne de financement en cours à l'adresse : http://www.kisskissbankbank.com/le-drenche-journal-national-gratuit-de-debats
Cela leur permet de rester complètement indépendant, donc n'hésitez pas à contribuer, même modestement.
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jeudi 22 janvier 2015
lundi 25 juillet 2011
La souche du problème
La Norvège. Pays dont on se sait finalement pas grand chose, tant on en parle peu habituellement dans nos médias franco-français. Tout ce qu'on sait généralement, c'est qu'ils ont des criques et des lagunes qui portent le même nom que des yaourts Danone, qu'ils ont des élans (ou des rennes, ou des caribous, on n'est plus très sûrs), et que leurs voisins ont inventé Ikéa.
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| Ce qu'on connaît le mieux de la Norvège. |
Et voila que soudainement, elle se retrouve en une de tous les journaux. Finies, les négociations sur la crise européenne, finies, les 12 millions de personnes qui crèvent la faim en Somalie, finis, les insurgés syriens qui se battent pour leur liberté ; on ne parle plus que de la Norvège et du terrible massacre qui a secoué le pays.
Non pas qu'il ne faut pas en parler, bien au contraire. Mais on est bien rapides à oublier les millions de Somaliens qui meurent... Je me posais la question : et si les évènements étaient survenus dans l'autre sens ? Aurait-on éclipsé les 94 Norvégiens pour parler des 12 millions de Somaliens ? Sûrement une question bête...
On dit qu'une blanche vaut deux noires. C'est faux. Aux yeux de nos médias, une vie blanche vaut bien plus que des milliers de vies noires. Car voilà bien le fait choquant : ce sont des blancs, blonds, qui ont été tués. Des fusillades qui tuent des dizaines de personnes, il y en a tous les mois au Pakistan et en Afghanistan, et on y accorde à peine quelques secondes en fin de JT, ou un recopiage de dépêche AFP en fin de journal.
Alors forcément, quand on entend "bombe", on pense "terrorisme". Et quand on pense "terrorisme", on pense... (allez, je suis sûr que vous l'avez)... "musulman", bien sûr. Et d'habitude, ça ne rate pas.
Mais ici, quelque chose cloche. Pas de musulmans, pas d'Arabes, pas d'Al Qaïda... Et c'est tellement surprenant qu'on nous précise que le suspect arrêté est "un Norvégien de souche" (expression reprise dans la quasi-totalité des médias français : Le Monde, Le Point, Le Parisien, le Figaro, Europe1,la Croix, le Nouvel-Obs, TF1...). Moi, une expression comme ça, ça m'interpelle. Détaillons ensemble, si vous le voulez bien.
"Norvégien de souche", ça signifie déjà qu'il y a deux types de Norvégiens. D'un côté, les vrais Norvégiens, les Norvégiens "de souche". Ceux-ci sont blonds, grands, ont des noms imprononçables, et surtout, ils sont purs : ils n'ont pas été croisés avec des immigrés, ils sont chrétiens et droits dans leurs bottes. C'est du 100% pur de chez nous. Et de l'autre côté, on a les Norvégiens au rabais. En fait, ce ne sont même pas des vrais Norvégiens. Avant, ils vivaient dans un pays nettement plus au Sud où on égorge des moutons et où on écrit à l'envers. D'ailleurs, regardez : ils sont musulmans, alors que les vrais Norvégiens sont chrétiens. Et ils parlent avec un accent bizarre. Bref, il n'y a vraiment que sur le papier qu'ils sont Norvégiens. Leur vraie nationalité, c'est "musulman" (rappelez-vous...). Ceux-là, on est habitués à ce qu'ils nous fassent péter des bombes. Mais un vrai, pur, blanc, Norvégien de souche, là, ça vaut quand même la peine qu'on le précise.
| Quand on entend "attentat terroriste", on s'attend d'avantage à voir apparaître l'image de gauche que celle de droite. |
Et tous les articles précisent que le suspect est "un Norvégien de souche", qu'il est "fondamentaliste chrétien", et "lié à l'extrême droite, même si cela ne permet pas d'établir un lien avec ses actes". Devinez ce que les mêmes médias auraient dit si à la place de s'être appelé Anders Behring Breivik, il s'était appelé Mohammed al Islam. On aurait dit "le suspect est d'origine arabe. Il est intégriste (personne n'aurait alors utilisé le terme "fondamentaliste") musulman, et ses sympathies avec l'Islam font immédiatement penser au spectre d'Al Qaïda", faisant ainsi joyeusement les amalgames habituels entre opinion, religion, terrorisme, origine, et Islam. Vous pensez que j'exagère ? Relisez les articles parus lors des derniers faits d'armes d'Al Qaïda en Europe...
Et derrière ces détails, qu'est-ce que ça aurait changé si le suspect n'avait pas été Norvégien "de souche" ? Les jeunes qui faisaient du camping sur l'île ne seraient pas morts ? On aurait trouvé ça plus normal ? On se serait contentés de dire "il est extrémiste musulman (deux mots pratiquement synonymes maintenant), c'est normal qu'il tue des innocents" ?
Et encore, il n'a tué que des Norvégiens. Parce que si un Français avait eu le malheur de se retrouver dans ce carnage, on aurait encore eu droit au fameux titre "100 morts, dont un Français"... Comme quoi toutes les vies ne se valent pas. Pour les médias, en tous cas. J'ose encore espérer que pour le reste, tous les hommes naissent et demeurent égaux... Mais d'où je tire cette phrase, moi ?
jeudi 2 juin 2011
Les cons qu'ombrent les concombres
9 mois après sa brillante non-couverture des inondations au Pakistan, Léonard, jeune journaliste dynamique, continue son ascension (et ça tombe bien, c'est aujourd'hui) fulgurante dans sa non-moins brillante carrière de journaliste.
Maniant avec brio le conditionnel et les réseaux sociaux, qui sont les deux mamelles du web-journalisme 2.0, il a réussi à décrocher un poste très convoité, celui d'Assistant au Rédacteur en Chef Délégué aux Actualités Internationales. C'est lui qui, désormais, épluche les dépêches AFP (et les réseaux sociaux, parce qu'il ne faudrait pas oublier la base, quand même), et les présente au rédacteur en chef.
Parfois, on lui demande même son avis sur les sujets à traiter ou à écarter : son avis est particulièrement écouté depuis qu'il a deviné avec justesse que les inondations au Pakistan, personne n'en aurait rien à carrer. Dans le monde du journalisme, c'est ce qu'on appelle avoir du flair. Et aujourd'hui, c'est ça qu'on cherche. Des mecs avec du flair, des mecs qui savent écouter la wave du web, et anticiper les buzz.
Des gens qui font des enquêtes, savent garder traiter sans polémique les sujets brûlants, pas trop. Si ça faisait vendre, ça se saurait.
Ce matin là, Léonard arrive au bureau, auréolé de sa récente promotion. Son nouveau statut lui donne en effet l'autorisation sociale de draguer plus ouvertement Amandine, la petite stagiaire blonde et opulente, mais pas trop ouvertement non plus, parce que bon, "il s'agirait pas de finir comme DSK". Cette blague fait toujours autant marrer Gérard, son pote des horoscopes.
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| Un bon exemple de rédactrice en chef séléctionnée pour ses compétences.... en journalisme, bien entendu. |
Sur la table ce matin là :
- Une motion de censure proposée au parlement Japonais contre le premier ministre : Léonard envisage un moment le titre "Vote débridé au parlement des bridés", avant d'abandonner l'idée.
- Les Emirats arabes unis ont entamé des négociations pour ajouter le Yuan à leurs réserves de devises : Bon Dieu, mais qu'est-ce qu'on en a à foutre ?, pense Léonard.
- Les émeutes politiques se poursuivent au Burkina Faso : Ils s'arrêtent jamais d'inventer des pays, en Afrique ?
- Le conflit en Lybie, les émeutes en Syrie, la crise nucléaire au Japon : c'est has-been, tout ça (le mot "éculé" n'a jamais existé qu'avec un "n" dans le vocabulaire de Léonard).
- Alerte sanitaire : des doutes sur une bactérie en provenance d'Espagne.
Sur la dernière dépêche, Léonard s'arrête un moment. Normalement, une alerte sanitaire, c'est pas très bankable, mais on a déjà eu des exemples qui ont bien marché. La grippe A, la grippe aviaire, ça a fait un peu flipper les gens, et par voie de conséquence, ça a fait vendre.
Par contre, une bactérie au nom compliqué, c'est pas très sexy. Quoique, remarquez, une bactérie qui s'appelle Escherichia et qui provoque des diarrhées, c'est rigolo. Peut-être un titre du style "La Escherichia(nte) coli(que)", dans ce cas...
Mmmh, et puis non : il va falloir renommer tout ça. On avait renommé le virus H5N1 en grippe du poulet asiatique, la grippe H1N1 en grippe du porc mexicain, alors il va falloir trouver quelque chose du même acabit.
Un rapide coup d'oeil sur la dépêche déclenche immédiatement un déclic dans l'esprit de Léonard. On suspecterait des concombres cultivés en Espagne d'être vecteurs de la maladie.
Et là, d'un coup, on peut avoir un élément qui fait peur. "Les concombres espagnols seraient dangereux". Mmmh. Pas mal, mais pas encore terrible, se dit Léonard. Non, des concombres, ça ne fait pas peur. Il faut encore personnaliser d'avantage la menace. "La menace du concombre espagnol". Mieux, mais pas encore génial. "L'Allemagne tremble devant le concombre tueur espagnol". Aaah, là, on tient quelque chose, se dit Léonard.
Quinze minutes plus tard, le rédacteur en chef a approuvé, et le titre fait déjà la Une du journal sur Internet.
Malheureusement, les journalistes comme Léonard sont légions. Loin de chercher à informer les gens, on cherche à faire peur pour faire le buzz. Et de part et d'autre, les rédactions personnalisent la bactérie pour en faire un véritable tueur en série : "Le spectre du concombre tueur touche la France" (un site d'information, 30 mai), "La traque au concombre tueur" (France 3, 30 mai), et l'appellation "concombre tueur" est largement reprise par les médias français (Le Monde, le Nouvel Obs, le Figaro...).
Le Post, qui est un peu au journalisme ce qu'un furoncle serait au postérieur de Natalie Portman, fait même un dossier "Faut-il avoir peur du concombre tueur ?". En soi, si dans le titre on nous parle déjà de "tueur", on cherche à peine à nous orienter vers la réponse "Oui, courez, barricadez-vous à double tour dans votre salle de bain, et n'hésitez pas à signaler à la police tout concombre suspect qui s'exprimerait avec un fort accent espagnol." Un titre du style "La bactérie Escherichia coli est-elle un buzz médiatique dont on n'a absolument rien à craindre ?", aurait orienté le lecteur vers une réponse totalement opposée. Et sans doute plus juste.
Parce que, essayons de replacer un moment les choses dans leur contexte, et surtout de les relativiser. Soit ce que devraient normalement faire les journalistes professionnels.
Tous les ans, la grippe saisonnière touche en France entre 2 et 8 millions de personnes, pour faire entre 1500 et 2500 morts (source: Institut Pasteur, 2009). Mais elle n'est transportée ni par un légume, ni par un animal, et elle ne nous vient pas de l'étranger. Alors forcément, c'est moins vendeur. Et puis elle revient tous les ans en plus. Alors, maintenant, on la connaît bien. Les gens se sont également rendu compte qu'il n'y avait pas de raison de paniquer, et que, malgré des chiffres impressionnants, cela n'avait aucune raison de faire les gros titres des journaux.
Là, c'est différent. C'est nouveau, c'est frais, on peut mettre des titres ravageurs à des articles surchargés en conditionnel, et surtout, à défaut de les informer, on peut faire peur aux lecteurs. Alors, pourquoi s'en priver ?
J'attends avec impatience l'adaptation cinématographique : "World invasion : l'attaque des concombres tueurs espagnols". Remarquez, on n'est pas passé loin : on avait déjà eu l'Attaque des tomates tueuses, et l'Attaque de la Moussaka géante (hélas, si...).
Jusque dans les images, tout est choisi pour effrayer. Du Monde.fr, qui nous met une photo d'étal de marché pour nous dire "Attention, ce concombre que vous croisez toutes les semaines au marché peut vous tuer", au Nouvel Obs, qui nous prend une photo aux couleurs flashies d'une bactérie qui n'est même pas celle incriminée, on atteint des sommets. Mais la palme revient sans doute au Figaro, qui n'hésite pas à retoucher une photo de concombre pour nous le rendre véritablement effrayant. Un concombre... Rendez-vous compte à quel point nous sommes tombés bas.
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| Ou comment le Figaro essaye de vous faire peur avec un concombre... |
J'aimerais imaginer la scène qui a conduit les journalistes à ceci :
"- Bon, cette histoire de concombre tueur, c'est pas mal, mais il nous faudrait des images un peu choc.
- Genre, quoi ?
- Genre, je sais pas, des images choc.
- Mais, patron, ça reste un concombre. Ca fait pas peur, un concombre. A la limite, ça pourrait faire peur à une femme de chambre du Sofitel, mais...
- Eh bein, arrangez-vous pour me le rendre effrayant. Retouchez-le, rajoutez-lui un brassard nazi, ou donnez-lui les traits de Valérie Damidot, faites ce que vous voulez, mais rendez-moi ce concombre effrayant".
Alors que moi, j'ai vu des images autrement plus effrayantes... Mais je m'éloigne de mon sujet.
Pour l'affaire du concombre tueur comme pour l'affaire DSK, il ne faudrait pas louper une occasion de faire des amalgames. Une interview largement relayée dans la presse précise que les producteurs français s'inquiètent, et déclarent que les concombres français peuvent être consommés sans crainte, au motif que :
Les conditions de production française n'ont rien à voir avec celles pratiquées en Espagne tant d'un point de vue environnemental que social.
Alors là, j'applaudis. Faire une telle déclaration alors qu'on ne sait pas encore d'où pourrait provenir la bactérie, c'est très fort.
Déjà, les deux producteurs suspectés en Espagne étaient, l'un cultivateur bio, l'autre un cultivateur traditionnel (comprenez qu'il utilise plein d'engrais et de pesticides pour faire pousser ses concombres). Alors je serais curieux de savoir comment les production françaises peuvent "ne rien avoir à voir" avec ça. En France, on cultive les concombres, ni avec des produits, ni de manière bio : les concombres sont pondus par des poules élevées au lait de chèvre, alors on est sûrs à 100% qu'ils ne portent pas de bactérie...
Et deuxième point, les conditions de productions françaises n'ont rien à voir avec les conditions espagnoles d'un point de vue social... Prenez le temps de relire calmement. Vous ne le saviez peut-être pas, mais, le salaire que vous donnez à vos employés agricoles influe directement sur les bactéries qui se retrouvent dans les concombres. C'est surprenant, mais c'est comme ça. Ou alors, ça signifie qu'en France, on accorde une considération sociale importante aux concombres eux-mêmes : on leur donne le droit de grève, on leur fait toucher le RSA, et, eux, tout reconnaissants, en échange, ils acceptent de se débarrasser de leurs bactéries.
Je ne sais pas ce qui m'afflige le plus : le fait que quelqu'un puisse dire ça sérieusement, ou le fait que son propos soit largement relayé dans la presse nationale.
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| Les techniques du journalisme moderne permettent de relayer les propos des vrais spécialistes. |
Tout ça pour découvrir, au final, que les concombres espagnols n'ont rien à voir dans cette histoire... Et tant pis si les cultivateurs espagnols n'arrivent plus à vendre leur production pour un petit bout de temps. Tant pis si 4 pays ont décrété un embargo sur les importations de légumes espagnols. Tant pis si la Russie a décrété une interdiction pour tous les légumes européens. Et tant pis si tout cela aurait pu être évité en faisant simplement preuve d'un peu de professionnalisme dans la presse.
"Les ravages économiques du conditionnel dans la presse", ça, ce serait un vrai titre. C'est peut-être un article que je pourrais faire... Ou alors, je pourrais faire des articles au conditionnel, et dire que j'informe les gens...
Mmmmh, je penche sérieusement pour la seconde solution. Si on pouvait faire fortune en faisant du journalisme sérieux, ça se saurait.
mercredi 4 mai 2011
Ben Laden n'est pas mort
Quelques minutes après qu'elle ait été révélée, la nouvelle s'est répandue sur les télévisions du monde entier, animant des milliards de conversations, noircissant des millions de pages à travers le monde, monopolisant les pensées d'une grande partie des habitants de la planète.
Tandis que Barack Obama annonçait "une grande nouvelle" et "une date qui restera dans l'histoire", David Cameron déclarait que cet évènement "changerait sûrement la face du monde", Silvio Berlusconi saluait "un jour historique", et même le grand démocrate Kim Jong Il avouait que "cette annonce apporte un grand espoir à des milliards de personne. C'est sûr, rien ne sera comme avant".
Depuis, de nombreuses rédactions couvrent l'évènement en direct, pour fournir au monde entier les informations au fur et à mesure de leur apparition. Et il faut reconnaître que la nouvelle est de taille : Jean-Pierre Chevènement sera candidat à l'élection présidentielle de 2012.
Mais cette information, au delà de la vague d'espoir qu'elle apporte, et qui a entraîné des scènes de liesse jusqu'au fin fond du Balouchistan, a presque totalement éclipsé une autre information, que j'ai néanmoins relevée grâce à des sources particulièrement bien informées : les Etats-Unis d'Amérique ont également annoncé avoir tué Osama Ben Laden.
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| Voilà un moment bigrement bien choisi pour annoncer sa candidature. |
Je sais, l'information vous paraît surprenante. Pourtant, cherchez bien : après l'édition spéciale consacrée à la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2012, vous trouverez sûrement, perdu au milieu de la section "International" (section qui est bien plus développée dans l'Huma que dans le Figaro), un petit article sur la disparition de cet homme, qui avait défrayé la chronique il y a déjà quelques années, en septembre 2001. Bien qu'à l'époque, la nouvelle ait été masquée par la candidature de Jean-Pierre Chevènement aux présidentielles de 2002 (ne faites pas mine d'avoir oublié, je sais bien que cet (Ch)évènement a marqué vos vies durablement), Osama Ben Laden avait quand même réussi à occuper quelques pages des journaux en détournant des avions pour tuer plusieurs milliers d'innocents, prouvant par la même sa détermination sans limite pour faire la une des journaux.
Et voilà que soudainement, Barack Obama annonce la mort de l'homme le plus recherché au monde : Osama Ben Laden.
Alors, faut-il le croire ? Faut-il avaler sans réfléchir une information par nature difficilement vérifiable ? C'est là que j'interviens, faisant fi des pressions et des dangers, n'écoutant aveuglément que mon devoir de citoyen. Je dénonce, j'accuse, je dénoue la supercherie, j'annonce : Ben Laden n'est pas mort !
Et je vous fais immédiatement partager mon raisonnement pour éclairer votre esprit embrumé des lumières de ma puissance intellectuelle (bon sang, cette douleur dans les chevilles...).
Passons rapidement sur les futilités rhétoriques qui fleurissent de part et d'autre : certes nous n'avons pas d'images du corps de Ben Laden, ni aucune preuve matérielle de sa mort, mais ce ne sont pas les indices les plus criants - de toutes façons, toute image ou vidéo publiée par les autorités américaines verrait sa véracité immédiatement mise en doute.
Déjà, la date : Osama Ben Laden a été prétendument tué dans la nuit du 30 avril au 1er mai, soit exactement la date de la mort d'Hitler, tout juste 66 ans après. Or, comme c'est bien connu que tout ce qui a un point commun avec Hitler est le mal absolu (spécial dédicace à Monsieur Godwin), cela nous mets immédiatement sur la voie d'un complot américain, destiné à nous faire croire à la mort du leader d'Al Qaïda. De plus, comme cité ci-dessus, la date tombe très exactement 555 jours avant l'élection présidentielle de 2012. 555, qui font 666 (le chiffre du diable !) si l'on y ajoute 1,5 fois l'âge de Jean-Pierre Chevènement. Coïncidence ? Je ne pense pas...
Mais l'indice déterminant est venu encore une fois d'internet. Il est aujourd'hui reconnu et accepté que, plutôt qu'un travail de terrain, une enquête approfondie, et un recoupement de l'information, la vérité profonde émerge des réseaux sociaux, Fessebouc et Touittère en première ligne, et des autres médias participatifs, tels que les skyblogs et les commentaires sur les articles en ligne. Méthode couramment adoptée par les journalistes modernes, cette nouvelle manière de rédiger des articles a fait ses preuves, car il est bien connu que si les masses disent quelque chose, alors ça doit sans doute être vrai.
Et cette fois encore, les masses ne se sont pas trompées. A commencer par Google, qui ne se trompe jamais, comme chacun sait. Pour une recherche sur Ben Laden, Google nous propose les deux solutions suivantes : Ben Laden n'est pas mort, et Ben Laden n'existe pas.
Un indice troublant, mais qui ne serait rien s'il n'était pas confirmé par les réseaux sociaux.
Comme l'annonçait Loulitou36 quelques heures après l'attentat "Ben Laden a été 1venter par lé Amériquains pr nou faire peur, en fèt il né pa mor !!!!". Révélation immédiatement reprise et détaillée par GrosLOL, qui twittait quelques minutes plus tard "Et com par hasar, on nou a ri1 di avant. Vs pensé vmt ke pr 1 oppération de cet ampleur, on auré rien vu venir ?", puis par des dizaines d'utilisateurs du site de micro-blogging. (Et souvenez-vous qu'à partir d'une dizaine de twitts, c'est suffisant pour écrire un article, dans le journalisme 2.0).
A mesure que les questions pertinentes et troublantes se répandaient sur la toile, le malaise des autorités était palpable. Relâchant tout d'abord un photo-montage de Ben Laden mort, avant de le retirer quelques heures plus tard, puis multipliant les déclarations contradictoires sur les détails de l'opération, cherchant à gagner du temps avant de publier les vraies photos (certainement le temps de faire un photo-montage plus crédible), les autorités américaines ont, en dernier recours, décidé de demander à Jean-Pierre Chevènement d'avancer l'annonce de sa candidature, espérant à juste titre que le battage médiatique autour de la nouvelle suffirait à faire oublier leur odieuse supercherie.
Malgré cela, les internautes ne relâchaient pas la pression, mettant à mal le montage américain. Le commentaire décisif est très certainement venu de PeTiT-FuTé qui, se servant d'une analyse croisée des annonces officielles d'une part, et de Google Maps d'autre part, allait porter le coup de grâce à la tromperie. Il remarquait subtilement en commentaire d'un article du 20minutes que, "Cmt les ricains ils on fé pr jeté le corps a la mère, alor ke y a mm pa la mer à Abitbol Abottad Abtodil la bas ?".
Et en effet, l'information a rapidement été confirmé par le gouvernement Pakistanais. La mer est à plusieurs centaines de kilomètres d'Abbottabad, prouvant non seulement qu'il était impossible aux Américains de jeter le corps à la mer (même en le lançant très très fort), mais surtout que les Américains ont vraiment une très mauvaise connaissance de la géographie de la province du Khyber Pakhtunkhwa (ça se prononce comme ça s'écrit).
A partir de là, les conclusions s'imposent d'elles-même. Toute cette histoire ne tient pas la route. Soit les Américains n'ont jamais tué Ben Laden, et il coule des jours heureux aux Bahamas avec Michael Jackson, Claude François et Hitler, soit -pire- il n'a jamais existé et il s'agirait en fait de Barack Obama avec une barbe et un turban... Autant de suppositions bien plus crédibles que la version officielle que l'on voudrait nous faire avaler.
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| Ou alors avec une énorme catapulte, à la limite... |
Alors, l'habile subterfuge de la déclaration de candidature de Jean-Pierre Chevènement suffira-t-il à distraire l'attention ? Les futurs photo-montages américains seront-ils plus convaincants que les premiers ? Christine Boutin va-t-elle également se présenter en 2012 ?
Seul l'avenir nous le dira... En attendant, une seule chose est certaine : les internautes ne baisseront pas les bras, et continueront de leurs questions fracassantes à faire jaillir la vérité des instances comploteuses qui dirigent la planète.
Car n'oubliez jamais que premièrement, "tout ce qui vient d'un gouvernement, d'un patron, ou d'une instance dirigeante a de grandes chances d'être faux", et deuxièmement que "vous serez toujours mieux placés que les autorités pour juger de la véracité d'un évènement". Armés de ces deux principes, je vous souhaite de nombreux commentaires et articles éclairés sur vos blogs, comptes touittère, comptes fessebouc, articles du Post, du 20minutes, ou des autres grands journaux qui prennent le soin d'aller chercher l'information à la source : internet.
mardi 2 novembre 2010
Oh zut, mon IPhone n'a pas sonné !
Dans un article pour le moins percutant, un journaliste du Monde.fr nous apprenait ce matin que l'on avait trouvé un bug sur l'IPhone. Grands Dieux, vous exclamez-vous ! Et déjà vous tremblez des conséquences terribles que cette révélation pourrait avoir.
Figurez-vous, que dans certaines circonstances, sur certains IPhones et sous réserve de réglages particuliers, le réveil de l'IPhone n'avait pas pris en compte le changement d'heure, entraînant le retard au travail de plusieurs utilisateurs du produit Apple.
Diantre... Voilà une information de taille ! Bigre, ajouterai-je, empli d'admiration ; ça c'est du journalisme !
Mais détaillons un brin l'article. On nous apprend que "le bug se produit uniquement si la fonction réveil est réglée pour sonner "les jours de la semaine", "le week-end", "tous les lundis" ... Par contre, l'erreur ne se produit pas si le réveil est réglé sur "tous les jours", ou si l'alarme n'est pas réglée sur le mode "répéter". Fascinant !
De plus, l'erreur ne se produit que sur les IPhones 4 ou 3GS. Enfin, seuls les utilisateurs qui ne se sont pas rendu compte de cette erreur dimanche, mais aussi lundi 1er novembre, férié se sont fait avoir. Ajoutez à cela ceux qui utilisent un réveil normal, et on peut aisément imaginer que le problème concerne suffisamment de personnes pour qu'on en parle dans un journal comme Le Monde.
D'après les dernières estimations, ce phénomène technologique concernerait autant d'individus que le problème du choc du petit doigt de pied dans le pied du lit, soit l'équivalent de la population totale des minorités turques de la banlieue de Hambourg.
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| Toujours plus en avance dans la technologie, Apple va lancer l'IPhone-suppositoire. |
Pour étayer ce point de vue, l'article va chercher d'avantage d'informations sur la source numéro 1 des journalistes modernes : Twitter. Je cite : "Bravo Apple ! Je dois utiliser un bon vieux réveil plutôt que de compter sur mon iPhone", conclut un utilisateur énervé sur le site de micro-blogging Twitter, où ont été postés des dizaines de commmentaires comparables.
En effet, le phénomène est de taille ; des DIZAINES de personnes sont concernées. Vindieu, heureusement que les journalistes sont là pour nous apporter l'information !
Refaisons l'histoire, désormais. Jérémy, journaliste au Monde.fr, ne s'est pas réveillé mardi matin au moment d'aller au boulot, à cause d'un bug sur son IPhone. D'autres distraits ne se sont pas réveillés parce qu'ils ont simplement oublié de changer d'heure, comme chaque année.
En arrivant au boulot, Jérémy se connecte sur Facebook et Twitter, comme tous les matins pour commencer sa journée et trouver des infos à raconter. Et là, "MDR" s'exclame-t-il, la même mésaventure est arrivée à deux de ses copains parisiens-snobs-journalistes, qui comme lui, utilisent l'IPhone (Jérémy est convaincu que désormais, 80% de la population française utilise l'IPhone, tellement c'est la classe). Le statut twitter de son pote Léonard indique même : "Putain d'IPhone qui marche pas, vive les vieux réveils. VDM", ce que Jérémy transformera pour écrire la phrase sus-citée.
15 minutes plus tard, Jérémy a pondu son premier article de la journée, pour un résultat grandiose que nous connaissons.
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| L'IPhone a aussi une extension "pavé" pour pouvoir assommer les journalistes qui écrivent des articles inintéressants à son sujet. |
Sinon il y avait aussi des élections en Côte d'Ivoire, le choléra en Haïti, le Japon qui rappelle son ambassadeur à Moscou, mais ce serait quand même dommage d'en parler. Laissons ce boulot aux journalistes, et contentons-nous de faire des articles que tout le monde peut faire. D'ailleurs, Le Monde pourrait bientôt se renommer en Tout Le Monde, pour mieux refléter les sujets visés par ses journalistes.
dimanche 19 septembre 2010
Le Monde du rayonnement français
Depuis qu'on les a envahit pour la dernière fois en 1066, il faut bien reconnaître que les Anglois se sont plutôt bien portés sur la scène internationale. La preuve la plus éclatante en est qu'alors même que le blason de la reine est en français, le monde entier parle anglais. On a quand même lamentablement merdoyé quelque part, sachant que la langue internationale a été le français pendant plus de 5 siècles (La peste soit des Anglois est bien plus gracieux que l'expression fucking rosbeefs !).
En résumant l'histoire, on s'est pris un paquet de bonnes branlées contre la perfide Albion, à tel point qu'on est toujours obligé de remonter à cette fameuse bataille de Hastings pour retrouver la dernière fois qu'un Français a mis le pied sur la terre du plum pudding en conquérant. Pire, on est même venu se réfugier chez eux à chaque fois que ça bardait un peu trop chez nous, comme après la Révolution ou pendant l'attaque des Teutons sur notre belle terre de fromages.
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| On aurait sûrement gagné plus de batailles contre les Anglais en leur lançant ce genre de projectiles. |
Du coup, on a tiré un trait sur nos vains espoirs de victoire militaire écrasante sur les Rosbeefs pour se concentrer sur notre arme la plus redoutable : le fromage la culture. Oui, la culture française est mondialement renommée et nous en sommes très fiers. Sauf qu'en tant que bons Français, on a un peu tendance à se reposer sur nos lauriers. Il est vrai que passer de Lully, Rousseau, Molière, Debussy, Voltaire et Delacroix à Cindy Sanders, Steevy Boulay (notez comme les noms sont français) et Christian Clavier, ça nous a foutu un sacré coup. Mais personne ne semble s'en être rendu compte ; nous gardons la tête haute et fière, et voyageons partout dans le monde convaincus que seule la France est encore un pays largement au-dessus du lot en termes de culture.
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| La traduction pour l'édition française reflète bien l'image que les Français ont de leur culture. |
Monuments de notre prétendu rayonnement sur le monde, les médias illustrent parfaitement la puissance de notre culture et la qualité de notre information. Détaillons un brin cette assertion en comparant la fierté de notre système d'information : Le Monde, et comparons-le à celui qui fait la fierté de nos voisins bouffeurs de jelly ; la BBC.
Je m'en vais vous exposer en quelques points les principes qui font qu'on est vachement plus forts.
Principe n°1 : on est vachement plus ouverts et plus forts
Il suffit pour cela de regarder le titre du journal. Alors que les Anglais ont un nom ridicule (British Broadcasting Corporation, je vous demande un peu...), un nom avec lequel on peut en un clin d'oeil reconnaître qu'ils sont anglais, nous avons un titre universel. Le Monde, ça va vous parler du monde entier pour informer le monde entier. On aurait presque pu l'appeler L'Univers s'il y avait eu des gens sur la Lune. Bref, la couleur est annoncée ; nous sommes internationaux et nous rayonnons sur le monde entier quand les Rosbeefs se contentent de diffuser des trucs british sur un pays où il pleut tout le temps.
Gros plan : le logo
En France, on adore avoir un logo qui en jette un peu. C'est en effet bien plus important qu'avoir un produit de qualité. On préfère en effet claquer 2,4 millions d'euros dans le logo de l'ANPE pour le changer 5 ans plus tard pour 500 000 € de plus parce que l'ANPE s'appelle Pôle Emploi, plutôt que d'investir cet argent dans de nouveaux emplois.
En témoigne la banalité affligeante du logo de la BBC, alors que celui du Monde, en jolies lettres gothiques, fait référence à la période glorieuse et révélatrice de la puissance française à laquelle le journal a été créé ; 1944, soit l'apogée de la France (une petite pensée émue pour le Maréchal, je vous prie).
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| Le premier logo du Monde a été changé peu après sa création, pour lui préférer une version plus discrète. |
Principe n° 2 : International, mais pas trop
Je me suis posé une question bizarre récemment. La BBC propose ses informations et ses analyses en 32 langues différentes, alors même que la moitié des gens qui ont accès à internet dans le monde parle anglais (sauf en France, où ce pourcentage est bien plus faible). Si on veut informer le monde avec un journal qui s'appelle Le Monde, on doit forcément faire mieux que nos voisins d'outre-manche. Quel ne fut pas mon désarroi quand j'ai découvert que Le Monde sur internet n'existe qu'en français. Même pas une version en anglais, non, rien du tout. Je me suis heureusement rassuré en me rappelant que la langue la plus parlée dans le monde était le français, et que tout un chacun a le dernier Voici Molière comme livre de chevet, du fin fond de l'Ouzbékistan jusqu'au Cap Horn. Ouf !
Principe n°3 : Rien que de l'information
En continuant à traîner sur le site de la BBC (mais pourquoi, me direz-vous, quand on a une information de si grande qualité en France, aller traîner sur le site de la BBC ?), je me suis rendu compte avec stupéfaction qu'une fois sur 5, il y a une publicité sur la page d'accueil. Stupeur et effroi ; on m'assaille avec de la pub alors que je ne cherche qu'une information de qualité. Heureusement qu'on n'a pas ça chez nous !
Un simple coup d'oeil sur la page du Monde.fr suffit à nous en convaincre ; pas moins de 17 encarts publicitaires sur la simple page d'accueil sur des sujets aussi intéressants que "achetez une voiture", "achetez une montre", "rencontrez enfin le vrai amour" ou "Serrurier - Vitrier", autant de sujets qui correspondent exactement à ce qu'on recherche en allant sur un site d'informations.
Summum des analyses de mots-clés pour les publicité, l'encart "Date Afghani Girls" en face de l'article sur l'interdiction du voile, fabuleux (je vous jure que c'est vrai) !
Décidément, ces anglais sont vraiment trop cons de ne mettre que de l'info sur leurs sites d'info ; nous au moins, on sait qu'on va devenir riches grâce à la publicité sur internet (encore un truc qui a du se décider dans un comité de direction du haut management dédié à la rentabilisation des services annexes du Monde, grâce à un consultant américain payé 5000 $ la journée, parce que tu comprends, Coco, c'est ça l'avenir !).
Principe n°4 : A la pointe de la technologie
Preuve éclatante de notre supériorité technologique, Le Monde a incorporé à son site les technologies informatiques de dernier cri, comprenez Fessebouque, première source d'information des médias français avec Touittère. Quel avancée ! On va enfin pouvoir commenter "Trop lol" en voyant le taux d'abstention aux dernières élections, et demander "Cé ou le Paquistan ?" quand on nous parle des inondations dans ce pays flou.
Encore une fois, les British ne mettent que des articles, c'est d'une banalité affligeante.
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| Avant même Facebook, le Monde faisait déjà paraître son journal sur son mur, preuve éclatante de l'avance technologique des médias français. |
Principe n°5 : Une information de qualité
C'est là la principale différence entre les anglais et nous ; nos informations sont "de qualité". La preuve elles sont écrites par... des journalistes diplômés ? Des économistes ? Des analystes politiques ? Non, laissons cela aux anglais. Nos informations sont écrites par bien mieux que ça ; des Français. Et pas n'importe lesquels ; nous, monsieur et madame tout le monde. En effet, sur la page d'accueil, une belle place est faite pour nos opinions, nos commentaires sur les articles, les blogs d'abonnés, les chroniques d'abonnés... On se demande même pourquoi on embauche encore des journalistes, alors qu'on sait si bien faire l'information.
On nous demande également notre avis sur des sujets primordiaux, puisque notre avis est bien plus important que ce qu'il se passe ailleurs (évidemment, puisque c'est ailleurs, alors que nous on est là). On devrait même peut-être s'informer sur les forums internet, ce serait bien plus instructif.
Le sondage en ligne nous demande notre avis d'experts sur des questions importantes (encore une fois je n'invente rien) :
Selon vous, Nicolas Sarkozy a-t-il eu raison ou tort de prendre à partie José Manuel Barroso comme il l’a fait à Bruxelles après les critiques de la Commission et celles de Viviane Reding sur la politique de la France à l’égard des Roms ?
Voila une question primordiale de savoir si notre Président à bien fait de répondre à ce qu'avait dit José Manuel Barroso à propos des critiques de Nicolas Sarkozy en parlant des critiques de Viviane Reding qui critiquait la politique de Nicolas Sarkozy quand il parlait des Roms ! Ca c'est de l'info, bien plus importante que le bien fondé des mesures engagées, et c'est pas les British qui vont répondre à des questions comme ça, ah mais !
Principe n°6 : Nous, on sait ce qui est important.
Nous, on parle vraiment de ce qui se passe dans le monde, c'est le titre de notre meilleur journal. Quand les anglais font des "Breaking News" sur des attentats à Bagdad, nous on en fait sur des soupçons de lettre qu'aurait écrit Eric Woerth pour recommander la légion d'honneur à l'employeur de sa femme. On sait bien que tout le monde s'en tape quand des étrangers meurent. Ils n'avaient qu'à vivre en France. Non ? On n'en veut pas ? Bah ils n'avaient qu'à pas naître étrangers alors !
De manière plus générale, on trouvera sur le site du Monde des articles parlant de ce qu'il se passe dans nos belles provinces, des articles sur Susan Boyle dans la catégorie "culture", et une catégorie "international" qui parle de temps en temps d'une polémique sur la viande hallal dans les hamburgers aux Staïtse, autant de sujet qui demandent de profondes capacités d'analyse. On se demande bien pourquoi la BBC a pris soin de créer des catégories "Afrique" et "Moyen-Orient", alors qu'on sait bien que les gens qui vivent dans ces pays-là ne savent pas lire et n'ont pas l'électricité (décidément, on a une belle longueur d'avance sur les Anglais).
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| Méfiez-vous des trucages ! On sait bien que sans électricité, l'Afrique ne peut pas être reliée à Internet. |
Y a t-il encore vraiment besoin de continuer ce raisonnement éclatant ? Si vous ne l'avez pas encore compris, ce n'est pas demain la veille qu'on perdra notre suprématie sur le monde de l'information et sur le rayonnement culturel. Et j'aime autant vous dire que nos voisins britanniques feraient bien de s'inspirer de nous si ils veulent enfin avoir une information de qualité et un peuple cultivé. Vivement qu'ils reviennent dans le droit chemin de la culture et qu'ils se mettent enfin à écouter Cindy Sanders (et à parler français aussi, ça ne leur fera pas de mal).
Sur ce, je file retourner sur le blog la page Facebook du journal Le Monde pour enfin trouver des informations de qualité, parce que c'est comme ça qu'on créera un monde meilleur, sans clichés, et où les Rosbeefs parleront enfin français.
dimanche 22 août 2010
Pas d'argent pour les Pakis
Janvier 2010 : 9 heures 30. A la rédaction d'un grand (format A3 au moins) journal parisien, une dépêche AFP tombe : "Tremblement de terre à Haïti".
Léonard, journaliste de 26 ans dans ce journal parisien qui est plus grand par la taille de son papier que par la qualité de son information, est très fier d'occuper ce poste. Il nourrit la France entière de l'information jaillie de sa plume, qu'il n'utilise pas du tout puisqu'il ne fait que taper sur un clavier. D'ailleurs, ce même clavier constitue sa principale source d'informations ; Facebook et Twitter sont, comme chacun sait, les sources les plus fiables en matière d'information neutre et vérifiable.
Léonard, donc, lit cette dépêche AFP, et est immédiatement interpellé ; "nom de nom, où est-ce que ça se trouve Haïti ?", se dit-il immédiatement. Ni une, ni deux, une recherche Wikipédia lui en apprend davantage ; pas de chance, il ne s'agit pas de cette île qui appartient aux Etats-Unis d'Amérique (les States, dans le jargon franglais qui est d'usage dans les bureaux de la capitale), ça, c'est Hawaï. Ce n'est pas non plus cette petite île qui appartient plus ou moins (on n'en est plus très sûrs) à la France ; ça, c'est Tahiti. Au lieu de ça, il s'agit d'un état indépendant, pauvre qui plus est, où les habitants ne sont même pas blancs...
C'est quand même dommage, si seulement ça avait touché des Ricains, là on aurait pu en parler. Mais des Haïtiens...
Léonard se contente juste de faire un copier-coller de la dépêche AFP en ajoutant ses initiales en bas de l'article, et de le publier sur le site internet du journal, sans même prendre le temps de corriger les fautes d'orthographe (franchement, qui connaît encore les règles d'accord du participe passé aujourd'hui ?).
Mais v'la-t-y pas qu'une autre dépêche AFP tombe dans la foulée. Barack Obama et les States veulent venir en aide à cette bande va-nus-pieds. Allez savoir pourquoi... Remarquez, puisqu'il est noir et que c'est pas très loin des Etats-Unis (une recherche sous Google Maps le lui avait appris quelques minutes auparavant), il doit sûrement avoir un lien de parenté avec ces gens au physique plutôt basané.
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| Un simple regard permet de constater que Barack Obama doit bien avoir un lien de parenté avec les Haïtiens. |
Encore mieux, la dépêche précise que les stars d'Hollywood comptent se mobiliser pour apporter de l'aide au pays. Toujours mieux, Léonard vient de découvrir que cette bande d'inculturés sous-développés parlaient français ; quelle aubaine !
Un mot à son rédacteur en chef, qui lui confirme par un "Faut être réactif, mecton, parce que je suis sûr que si ça bouge à Hollywood, les grands nationaux doivent déjà avoir un article dans le pipe", qu'on va faire un gros buzz de cette info, et Léo s'attelle à un article qui va faire un carton et arracher des larmes même aux yeux les plus secs, ceux qui n'ont même pas pleuré lors de l'élimination de Mélissa au prime de la nouvelle star.
Cette affaire va avoir un retentissement terrible ; d'ailleurs, les groupes Facebook "1€ versé à Haïti pr tout les membre de se groupe" et "Pske je sui contre les tremblement de terre ki font des mort" ont déjà plusieurs centaines de membres. Aujourd'hui, c'est à ça qu'on mesure la popularité d'un évènement...
Nous sommes maintenant en août 2010 et Léo a été promu pour l'émotion qu'il a suscité avec ses articles poignants sur Haïti.
En revenant de ses vacances, qu'il a passées au camping de Béziers avec des potes vachement sympas et ouverts d'esprits (des mecs hyper tolérants, mais pas au point d'être pour qu'il y ait des Arabes en France, parce qu'après, ils construisent des mosquées qui crient à 5h du matin et ils égorgent des moutons dans leur baignoire, et que vraiment, pour ces pauvres bêtes, c'est dégueulasse), Léo trouve sur son bureau deux infos pour la catégorie "international" : la famine au Niger et les inondations au Pakistan.
"Si ils ont trop d'eau au Pakistan, ils ont qu'à en envoyer au Niger !", s'exclame-t-il à destination d'Amandine, la petite stagiaire pigiste blonde (elle veut faire carrière dans le journalisme, mais elle a plus été embauchée parce qu'elle avait 21 ans et une forte poitrine que pour ses qualités journalistiques), qu'il essaie d'inviter dans ce fameux resto japonais où si tu ramènes une fille là-bas, ça ne loupe pas, t'es sûr de ramener la fille chez toi, comme lui a dit Gérard, son pote qui fait les horoscopes pour le journal. Mais Amandine ne rigole pas, et c'est Gérard qui répond : "A ce que je sache, l'eau n'a jamais tué personne, hein ?". Léo rigole. Il est con, ce Gérard !
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| Les inondations, c'est rigolo ! |
En fouillant un peu, on trouve que les Nigériens risquent la pire famine de leur histoire (ils ont eu à manger à un moment donné ?) et que les inondations au Pakistan ont fait plusieurs milliers de morts et touchent plus de 20 millions de personnes.
Mais la question encore plus importante (plus importante que de savoir combien de gens vont mourir, et surtout combien pourraient être sauvés si la communauté internationale se mobilisait vraiment), c'est de savoir si ça va pouvoir faire vendre le journal. Eh oui, non pas que Léo ait une famille à nourrir, mais si il perd son boulot, comment il va faire pour flamber en boîte et essayer de ramener un être moins poilu et mieux garni que son pote Gérard passer la nuit dans son plumard ?
Côté Niger, c'est même pas la peine d'essayer. Le Niger, c'est en Afrique, et c'est bien connu qu'ils crèvent de faim là-bas. Si les gens avaient voulu envoyer de l'argent, ça fait longtemps qu'ils l'auraient fait. On jette donc la dépêche à la poubelle, en tentant d'envoyer la boulette de papier par dessus son épaule, et on étudie le cas du Pakistan.
Recherches Google, Wikipédia, Facebook et Twitter nous apprennent que les Pakistanais sont dans cette région floue du monde entre la mer Méditerranée et l'Inde, dans laquelle il y a notamment tous ces pays qui se terminent par "stan" et dont, franchement, tout le monde se fout comme de la première chaussette de Bernadette Chirac.
Est-ce qu'ils parlent français ces cons-là ? Non ? Anglais alors ? Ourdou ? Non mais qu'est-ce que c'est que ce langage ? On n'a pas idée d'inventer des langues comme ça (Léonard s'empresse d'aller inscrire sur son compte Facebook qu'il parle Ourdou couramment, via l'application "Langues", voilà qui devrait faire rigoler les friends. D'ailleurs, Gérard a déjà cliqué sur "J'aime".).
D'ailleurs, jugez-en vous même, la région la plus durement touchée s'appelle le Khyber Pakthtunkhwa. Avec un nom pareil, même l'Eyjajlöf, l'Ejyajföll le volcan islandais peut aller se rhabiller.
D'ailleurs, jugez-en vous même, la région la plus durement touchée s'appelle le Khyber Pakthtunkhwa. Avec un nom pareil, même l'
Et détail qui tue, ils sont musulmans ! Zut alors, sûrement des enturbannés qui font porter la burqa à leurs nanas. Déjà qu'ils sont nombreux dans ce genre de pays, décidément, ils ne méritent sûrement pas l'aide humanitaire. Ils n'ont qu'à demander à leurs potes talibans qui leur enverront sûrement quelques petits trucs à manger, parce que c'est bien connu, en Afghanistan, on a de la nourriture à ne plus savoir qu'en foutre.
Et puis, réfléchissons un peu, Haïti, c'était il y a pas si longtemps, les gens ont déjà donné. Les Français sont généreux, mais faut pas déconner non plus : entre la quête de la croix-rouge, où on donne toujours en espérant que ce soit Adriana Karembeu qui vienne collecter vos petites pièces et le Téléthon, il n'y a pas de place dans la budget pour plus d'une catastrophe par an. Alors désolé, vous reviendrez l'année prochaine.
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| Si Adriana Karembeu avait fait la quête pour le Pakistan, il y aurait sûrement eu plus de dons |
D'ailleurs, notre gouvernement, avec lequel on est (rarement) d'accord quand ça nous arrange, n'a donné qu'un million d'euro, soit autant que le Niger (ils avaient pas une famine à régler eux ? Décidément, on a bien fait de ne rien leur donner), et 5 fois moins que le Koweït, grand pays sur la scène internationale.
Ce petit million est à comparer à ce qu'on a donné pour sauver notre économie, bien plus importante que la vie de millions de Pakis, soit 48 milliards d'euros. Oui, nous avons donné 0,002 % (vous ne rêvez pas) de ce que nous avons dépensé pour nos entreprises pour des millions de vie au Pakistan. Mais c'est vrai que c'est difficilement comparable ; on ne place pas sur le même plan le bien-être des Français et la vie de quelques millions de Pakis. Sans parler des Nigériens... Et puis on a quand même une crise à régler, nous, alors que eux, vu leur économie, elle a pas du les toucher beaucoup, la crise.
Sur ce, je m'en retourne adhérer au groupe Facebook "Sové les Pakistanais, apprené leur à nagé" pour contribuer à l'aide humanitaire, et surtout reprendre une vie normale, parce que bon, la France a besoin de moi...
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