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jeudi 3 mars 2011

Initiative malheureusement vraie

490 avant Jésus Christ, quelque part dans l'empire Perse, un jeune général ambitieux du nom de Datis se présente à l'empereur Darius Ier. 
En guerre contre les Grecs, les Perses s'apprêtent à donner un grand coup d'arrêt aux forces militaires ennemies. Plus personne ne sait très bien pourquoi ils sont en guerre ; certains disent que la récente victoire d'Athènes aux jeux d'Olympie les place juste derrière les Perses dans le classement international sportif (et qu'avoir des Grecs derrière soi précède en générale une perte de virginité anale douloureuse, d'où un bon motif pour entrer en guerre), d'autres disent qu'ils avaient vendu des sandwiches avariés au frère de Darius, d'autres encore, que la grande quantité de produits financiers toxiques détenue par le gouvernement d'Athènes menaçait le cours du Drachme... Bref, c'était très grave.

En tous cas, le général Datis se présente ce matin là à Darius Ier, car il a trouvé un bon lieu pour débarquer ses troupes. 
- Votre Majesté, je crois que nous tenons enfin la bonne plage pour débarquer nos troupes.
- Et quelle est-elle, cette plage ?
- Je me dois de la tenir secrète, votre Majesté ; je ne voudrais pas courir le risque que nos ennemis la découvre avant nous. Sachez juste qu'elle se situe à un peu plus de 42 km d'Athènes. Pour découvrir son nom avec cette seule indication, vous pouvez toujours courir.
- Je vous fais confiance, général. Pour le débarquement, je vous laisse le choix dans la date, Datis (Darius Ier était un sacré déconneur, qui aimait les contrepèteries).
- Merci votre Majesté. Je vous en remercie.

Datis prit donc l'initiative de faire débarquer les troupes à Marathon, et se prit une branlée digne de celle d'un match Iles Féroé - Nouvelle Zélande en rugby. Il venait d'inventer le concept de l'initiative malheureuse. 
Depuis, ce concept se porte bien, merci. 

On pense bien sûr, à Gavrilo Princip, qui assassina François Ferdinand à Sarajevo en 1914 en pensant que "ce sera sans conséquence", à l'amiral Kimmel, qui décida de faire mouiller la flotte américaine dans la baie de Pearl Harbor en décembre 1941, ou plus récemment à Gérard Schivardi, qui décida de se présenter à la présidence de la France. Autant d'initiatives malheureuses qui font entrer leurs acteurs au Panthéon de l'incompétence au son des trompettes de la médiocrité.

Franz Reichelt, le presqu'inventeur du parachute, en couverture de "Exemples d'initiatives malheureuses à travers l'histoire, Vol III" - 1300 pages.

Mais, hors ces quelques exemples célèbres, certaines personnes continuent avec un entrain stupéfiant à faire vivre ce concept, par de brillantes initiatives. En France, on a même créé un poste pour récompenser les gens qui font ce genre de choses ; ça s'appelle "Conseiller auprès de l'Education nationale". Rappelez-vous du dernier appel de ces gens-là. Et bien, à peine remis de leur dernière idée, ils remettent le couvert.

Cette fois-ci, ils ont eut une idée géniale pour éviter le redoublement. Rien que ça. Retournons un peu dans le temps pour voir comment est née cette idée révolutionnaire.
Mardi matin, 10h15, début de la journée au Ministère de l'Education Nationale.
- Bonjour messieurs les conseillers, et merci d'être venus. Le sujet du jour est important, nous avons fait une découverte importante : les bons élèves ne redoublent pas, seuls les mauvais élèves redoublent.
- Bon sang, c'est pourtant vrai !
- Du coup, pour diminuer le taux de mauvais élèves, il suffit de diminuer le redoublement. Messieurs, j'attends vos idées.
Le silence se fait autour de la table, chacun trouvant subitement plus opportun de refaire son lacet de chaussure plutôt que de s'exprimer.
- Je crois que j'ai une idée, s'écrie soudainement Jean-Julien Leventru. Il y a des collèges dans lesquels il y a plus de redoublement que d'autres, c'est ça ? 
- Tout à fait Jean-Juju, les statistiques sont formelles.
- Bien. Quand un enfant fait une mauvaise chose, on le punit, pour lui montrer que ce n'est pas bien. Et après, il ne le refait plus. Vous me suivez ?
La salle acquiesça silencieusement.
- Eh bien, on n'a qu'à punir ces établissements, puisque ce ne sont pas des bons exemples. Comme ça, ils s'amélioreront.
Le raisonnement était puissant (du moins, de l'avis des autres conseillers). Il fut donc immédiatement décidé de l'appliquer sur une région test.

Nom de nom ! Revoilà l'équipe des conseillers de l'Education Nationale au grand complet.

Le raisonnement puissant des endives du ministère ne s'est pas arrêté là. Bien loin d'imaginer que lorsque qu'un collège a beaucoup de redoublants, c'est peut-être à cause des élèves, ou d'un manque de temps ou de moyens, ils ont également dû beaucoup plancher sur la sanction à appliquer. Ils ont en effet décidé que les collèges qui avaient le plus de redoublants auront leurs moyens diminués pour l'année d'après : moins d'heures leur seront attribuées. A l'inverse, les collèges dans lesquels tout va bien auront plus d'heures d'année en année. Ben oui, parce que c'est bien connu que moins on a de temps à consacrer aux étudiants, mieux ces derniers vont réussir. Les heures d'enseignement, ça ne sert à rien, et surtout pas à améliorer le niveau des étudiants.
Et d'ailleurs, comment récompense-t-on les établissement vertueux ? En leur attribuant des heures supplémentaires. Qui ne servent pas à améliorer le niveau des élèves, donc pas à grand chose. Mais c'est une récompense quand même... Dites-moi, ce ne serait pas un peu bancal comme raisonnement ?

Prenons maintenant un exemple pratique. Imaginons le principal d'un collège qui a eu des très mauvais résultats l'année passée. Il a donc moins d'heures à attribuer à ses enseignants, qui se plaignent continuellement qu'ils ont besoin de plus de temps pour améliorer le niveau de leurs élèves. Les malappris ! Ils n'ont donc rien compris. Si leurs élèves sont mauvais, ce n'est pas de la faute de ces charmants bambins, ni du manque de temps ou de moyens : c'est de la faute des professeurs, qui n'ont pas assez cherché de bonnes idées pour diminuer le redoublement (je vous jure que c'est ce qui est marqué dans l'article).

Maintenant, que fait ce charmant directeur d'établissement ? Pensez-vous qu'à un seul moment il n'envisage de  faire passer en classe supérieure des élèves qui ont le niveau de 2 classes en dessous pour diminuer le taux de redoublement dans son collège ? Nenni ! Si vous avez imaginé cela, vous avez l'esprit bien retors. Ou alors, vous êtes simplement un brin plus futé qu'un conseiller de l'Education Nationale, au choix... 

L'insigne de l'ordre des conseillers de l'Education Nationale.


Parce que, voyez-vous, les chefs d'établissement vont certainement se creuser la tête pour imaginer des moyens innovants pour diminuer le taux de redoublement. Comme quoi par exemple ? Parce que je me demande bien ce que les conseillers ont en tête, comme exemple de "nouvelles solutions pour éviter les redoublement". 
Pour ceux qui manqueraient d'idées, je me permets d'en proposer quelques-unes :

  • la chaise piégée. Un élève vous ennuie ? Vous sentez qu'il risque de ne pas passer en 3ème alors qu'il a déjà 17 ans ? Aucun problème. Disposez notre pack "Bombe de chaise" sous la chaise du charmant bambin. Le pack "Bombe de chaise" se déclenche à distance et vous garantit une atomisation parfaite du sujet à éparpiller. Avantage : vous avez de bonnes chances de toucher d'autres cancres si le pack est placé au fond de la classe. Inconvénient : on risque quand même de vous poser quelques questions.
  • la propagande. Plus fine que la méthode précédente, mais également plus fourbe, cette méthode consiste à faire migrer vos mauvais élèves vers un établissement voisin. Pour cela, faites circuler discrètement des rumeurs rapportant que les profs du collège voisin donnent vachement moins de devoirs, qu'on peut y fumer peinard dans les toilettes du premier étage, et que les filles de troisième ont des seins énormes sans avoir besoin de rembourrer leur soutien-gorge avec du coton. En quelques semaines, 60% des cancres devraient avoir migré vers le collège voisin. Attention, méfiez-vous ; le directeur du collège concerné aura vite fait d'effectuer un retour à l'envoyeur s'il soupçonne une quelconque manoeuvre de votre part.
  • les élèves fictifs. Pour faire diminuer le pourcentage de redoublement, n'hésitez pas à gonfler artificiellement le nombre d'élèves dans votre établissement. Pour plus de détails sur les moyens de créer des élèves fictifs, je vous conseille de contacter Jacques C., jeune retraité et qui a expérimenté avec succès des méthodes similaires à la mairie de Paris.
Voila quelques bonnes idées que les conseillers de l'Education Nationale brûlent d'envie de vous voir mettre en place.

Le pack Chaise Piégée disposé sous un banc d'une cour de récré.

Pour finir, je propose également un spot radio publicitaire pour aider l'Education Nationale à recruter ses conseillers:
"On vous dit souvent que vous avez le QI d'une huître, mais vous pensez que c'est faux ? Vous avez souvent des idées innovantes, que personne avant vous n'avait imaginées ? Votre entourage ne comprend pas souvent vos idées, pourtant géniales ? Vous rêvez de travailler avec des gens qui vous ressemblent ? De pouvoir donner vie à vos idées ? Un métier est fait pour vous : devenez conseiller de l'Education Nationale. Attention, offre soumise à conditions et test de QI préalables."

Avec ça, nul doute que l'Education Nationale restera longtemps à la pointe de l'innovation en termes d'initiatives malheureuses.
Tiens, à propos, savez-vous ce qu'est devenu le général Datis après la bataille de Marathon ? Eh bien, il est devenu conseiller de l'Education Nationale Perse. Et avez-vous déjà entendu parler des écoles perses ? Non ? Eh bien, c'est sans doute pour ça...

samedi 15 janvier 2011

Les élèves se ramassent a l'appel

L'heure est à l'engagement. C'est un fait, c'est indéniable, aujourd'hui les gens s'engagent. Vous en doutez ? Regardez-donc autour de vous ; ici une star anorexique s'engage à la télé contre la faim dans le monde (au moins elle fait acte de solidarité), là un blog s'engage sur internet pour la liberté d'expression, même votre pote Romain (tout le monde connait quelqu'un qui s'appelle Romain) s'engage en soutenant des causes sur Facebook.
Aujourd'hui, tout le monde s'engage, mais de manière virtuelle. Parce que c'est quand même bien plus facile de s'engager sans bouger le cul de sa chaise ; ça prend 2 secondes, ça nous demande un clic de souris, un visionnage de vidéo, trois tapotages sur un clavier, et on a l'impression de militer pour les causes les plus nobles de ce monde. Pas de chance, ça ne sert à rien... Figurez-vous qu'Ingrid Bétancourt s'en fiche de savoir que vous vous étiez engagé à demander sa libération sur twitter, et que les enfants du Niger se foutent pas mal que vous affichiez votre engagement sur votre mur Facebook, et qu'Eric Woerth se moque que vous ayez signé la pétition pour lui attribuer la légion d'honneur (quoique dans le dernier cas, ça lui a peut-être fait plaisir).

Non seulement ça ne sert à rien, mais en plus, les engagements en se banalisant deviennent d'un niveau affligeant. Et ce jusqu'aux organisations les plus en vues... Il se trouve que l'on m'a demandé de signer il y a peu une pétition lancée par l'Union pour un Mouvement Populaire (qui malgré son nom ne l'est pas vraiment), en matière d'éducation. Et cette pétition mérite qu'on s'y attarde un peu.

Commençons par citer le titre, tout en majuscule pour qu'on le comprenne bien :
POUR QUE 100% DES ÉLÈVES MAÎTRISENT LES SAVOIRS FONDAMENTAUX DÈS LA FIN DU CE1
Disons-le tout net, j'adore les titres de ce genre. Peut-être pas autant qu'écouter un discours de Kim Jong Il ou suivre le championnat béninois de curling, mais c'est tout de même quelque chose que j'aime beaucoup. Ca me fait penser à ces titres de groupes Facebook "Contre les tremblements de terre" ou ces pétitions du style "Pour que 100% des sans-abris aient un logement en 2000/2007/2012" (on retrouve ces pétitions à chaque élection). Ca me fait penser avec émotion à ces engagements politiques dignes des premiers pères communistes "Je suis contre les violences faites aux femmes", ou "Je m'engage fermement à réduire le chômage et à relancer la croissance".
Forcément, personne ne va vous contredire en lançant un petit "Excusez-moi, mais les violences faites aux femmes sont tout de même bien pratiques pour se divertir quand on s'emmerde", ou "Non, qu'ils restent dans la rue les sans-abris, moi, je suis pas pour qu'ils aient un toit". C'est de mauvais goût, paraît-il.

Ce genre de pétitions est à peu près aussi utile que d'enfoncer une porte ouverte ; ça ne fait de mal à personne, tout le monde est d'accord, et on peut l'envoyer au gouvernement, qui en bon bisounours, dira "ah oui, c'est vrai, j'y avais pas pensé. Merci d'avoir fait cette pétition, vous m'avez convaincu, maintenant, moi aussi je suis pour que les élèves soient bons en classe".

Ceux qui ont conçu cette pétition ont un QI similaire à celui de ces légumes.

Donc on signe une pétition pour que nos élèves soient meilleurs. Nul doute que le gouvernement va avoir une prise de conscience énorme en voyant cette pétition : "Ha, nos élèves étaient des brêles, et tout le monde s'en tapait. Mais grâce à cette pétition on va pouvoir leur demander d'être moins cons !". Utile, bien, beau...
La pétition aurait pu s'arrêter là et convaincre tous les individus au QI semblable à celui d'un poulpe asthmatique (ex: Steevy Boulay). Mais malheureusement, ils ont fait du zèle ; ils ont voulu détailler.
Je précise ici un point qui sera utile à tous ceux qui veulent lancer des pétitions ou des appels : si vous ne maîtrisez pas votre sujet, arrêtez-vous au titre !

"Ce qui n’est pas acquis eu CP ne l’est pas plus tard !"

On trouve cette affirmation dès la première ligne, faute d'orthographe incluse. Apparemment, ceux qui l'ont écrite on déjà loupé ce point là au CP. Une belle illustration de ce qui est demandé dans la pétition. 
Mais l'essentiel n'est pas là ; tout ce qui n'est pas acquis au CP ne l'est pas plus tard. Bon sang, voilà des siècles qu'on s'acharne à vouloir donner des cours jusqu'à 18 ans, et on découvre seulement maintenant que seul le CP est utile. D'ailleurs, quand je réfléchis bien, c'est vrai qu'en sortant du CP, je n'avais pas bien compris le concept d'intégrale triple. Résultat, maintenant, je galère toujours à comprendre ce que c'est. Par contre, l'histoire moderne, les grands philosophes, les réactions chimiques et la physique quantique, en sortant du CP, je maîtrisais à l'aise. 
D'où l'importance qu'à la fin du CE1 on maîtrise 100% des savoirs fondamentaux. Les 11 autres années jusqu'au BAC, c'est de la branlette intellectuelle.

Grâce à ce constat génial, la préparation au bac va désormais commencer beaucoup plus tôt.

"C’est en partant de ce constat, fruit d’une large concertation avec la communauté enseignante, que le Mouvement Populaire a proposé que l’on se mobilise pour que 100% des élèves aient acquis les savoirs fondamentaux dès la fin du CE1."

Parce qu'en plus il a fallu se concerter pour pondre ça ! M'est avis qu'ils n'ont pas du concerter beaucoup d'enseignants au delà du CE1 pour aller pondre un truc pareil... Enfin, passons, et étudions un peu ce que l'UMP propose pour enrayer ce problème.

"Pour cela, l’UMP propose :

- une meilleure responsabilisation des acteurs éducatifs, à travers la signature de «contrats d’objectifs» entre les recteurs et les directeurs d’écoles primaires."

Eh oui, parce qu'avant les enseignants et les directeurs n'étaient pas vraiment responsabilisés. Leur coller des procès au cul dès qu'un élève s'ouvre la lèvre, les parents sur le dos qui crient quand il a une mauvaise note parce que c'est jamais la faute du gamin, c'est vrai qu'on les sentait pas vraiment concernés, les enseignants.
Leur faire signer un contrat me semble être une excellente idée. C'est vrai qu'en leur faisant signer "Je m'engage à apprendre à lire à tous mes gamins", je suis convaincu que ça donnera de bien meilleurs résultats. Former les professeurs, leur donner des cours de pédagogie, des classes plus petites, ça a peu de chances de marcher. Tandis que leur faire signer un contrat....

- de regarder attentivement les nouvelles méthodes d’apprentissage qui produisent parfois de meilleurs résultats chez certains élèves.

Ça c'est une mesure innovante. Jusque là on était cons, et on le savait pas. Pour preuve, les méthodes d'enseignement n'ont pas changé depuis 1793. Pas une réforme de l'éducation nationale, rien n'a bougé d'un iota dans la manière d'enseigner. Pas une personne n'a eu la bonne idée de s'intéresser à ce qui marchait le mieux. Heureusement que cette pétition est là pour faire changer tout ça.

- de mieux repérer en CP les élèves en difficulté afin de leur apporter un soutien adéquat, à travers des stages de remise à niveau encadrés par les enseignants pendant les vacances scolaires.

Pour bien comprendre ce dernier point (oui, c'est tout, il n'y en a pas d'autres), il faut comprendre comment on fonctionne. Pour l'instant, l'enseignant ne repère pas les élèves en difficulté. Parce qu'un enseignant, c'est con ; il n'a pas la capacité mentale pour comprendre que le gamin qui se paye des notes catastrophiques depuis le début de l'année est en difficulté. Du coup, il ne le repère pas. Ou parfois, il le repère, et puis il part en cour de récré, et là pfffft, il le perd, et tout est à refaire...
Alors je propose que quand on repère un lardon en difficulté, on lui colle un coup de marqueur sur le front, ou qu'on le marque au fer rouge, c'est mieux. Comme ça, on est sûrs de bien l'identifier. Après, on pourra lui faire des stages de remise à niveau et un suivi personnalisé grâce aux 16000 postes supprimés dans l'éducation nationale en 2011 (parce que ça aussi c'est une proposition de l'UMP, mais celle là, ils ont oublié de la mettre dans la pétition).

Un ensemble de marquages discrets pourrait permettre de repérer très tôt les enfants en difficulté.

Les espèces d'endives décérébrées qui ont pondu cette appel auraient mieux fait de s'en tenir au titre, certes démagogique, mais qui aurait au moins eu le mérite de laisser planer le doute sur leurs capacités intellectuelles. Comme disait Pierre Dac ; 
"Mieux vaut se taire et passer pour un con que de l'ouvrir et d'ôter tout soupçon".

dimanche 12 décembre 2010

Appel pour supprimer les notes pas seulement à l'école

Il y a peu, une vingtaine de personnalités (dont pas un professeur) lançaient un appel pour la suppression des notes à l'école. Cet appel a fait grand bruit dans les médias et sur la toile. Pas autant que la neige, certes, car il est bien connu que l'arrivée de la neige, évènement exceptionnel, inattendu chaque année, et scientifiquement inexpliqué est bien plus important que tout le reste de l'actualité.

Parce que, voyez-vous, les notes traumatisent, stigmatisent et infantilisent nos charmantes têtes blondes. Comme les notes ne peuvent être que mauvaises, et que les enseignants se contentent de mettre des notes cruelles sans jamais rien expliquer, les notes ne peuvent que traumatiser les élèves. Les esprits éclairés qui ont lancé l'appel préfèrent qu'on laisse tout le monde dans le flou le plus longtemps possible, et qu'on ne mette surtout rien en place pour indiquer à l'enfant s'il est bon ou mauvais dans tel ou tel domaine. Tous égaux, tous uniformes, tous médiocres, voila la recette de l'égalité à la française.

Mais ne nous étendons pas sur ce sujet (je vous invite, pour ceux qui veulent s'étendre, à lire la note d'un confrère sur ce sujet). Des scientifiques hautement qualifiés ont prouvé que les notes ne sont pas bonnes pour les enfants, c'est indiscutable. Mais à mon humble avis, ils ne sont pas allés assez loin. 
En effet, les notes sont traumatisantes pour les enfants, mais pas seulement. On sous-estime très certainement l'influence des notes sur les adultes. Et si les notes sont mauvaises pour les enfants, j'entends prouver qu'elles sont également mauvaises pour les grands enfants que nous sommes. De plus, si l'école est censée nous préparer à la vie adulte, alors autant adapter le monde des grands pour que nos chérubins ne se trouvent pas dépourvus une fois sortis du monde enchanté et merveilleux de l'école (diguedondon, diguedondaine, chantons tous en coeur).

Attention, cette image d'un professeur compréhensif parlant avec ses élèves est en fait un photo-montage. En vrai, les profs ne font que mettre des notes, mauvaises, qui plus est.

Laissez-moi vous raconter une petite histoire, vraie, bien entendu.

Georges Papandreou était un homme heureux. A défaut d'avoir un nom de merde, il a réussi une jolie carrière. Et grâce à quoi ? Grâce au système éducatif de son pays, naturellement (il est bien connu que c'est l'unique moyen de réussir, moyen qui donne ses chances à tout le monde, youpi !). En effet, le ministère de l'éducation grec a décidé il y a bien longtemps d'abandonner les notes à l'école. Plus que ça, les notes ont aussi été supprimées du collège, du lycée et des universités, car jugées trop dures à encaisser pour ceux qui sont l'avenir du pays. 
Georges a donc eu les moyens financiers la chance d'être tiré au sort pour aller à l'Institut des Hautes Etudes Politiques, dont il a été diplômé facilement, comme tout le monde d'ailleurs, puisque les notes ont été supprimées, et que ces charmants enfants ont tous montré beaucoup de courage et de bonne volonté.

Plus tard, Georges a fait une brillante carrière. Il a été choisi pour être premier ministre. En effet, les élections avaient le principal défaut d'attribuer un pourcentage aux candidats qui se présentaient, ce qui était vraiment traumatisant, surtout pour les candidats du parti communiste qui réalisaient régulièrement des scores entre 1% et 1,3%. Les conséquences sur ces charmants politiciens étaient désastreuses et laissaient des séquelles irréparables, certains allant même jusqu'à soutenir Ségolène Royal suite à un échec personnel aux élections. On a donc décidé d'évaluer les politiciens en fonction de leurs capacités, plutôt que de leur attribuer des notes aux conséquences cataclysmiques. Georges a reçu l'appréciation "Acquis / A+" en langue de bois, en sécurité intérieure, en immigration et défense des frontières et en géopolitique, et "En Cours d'Acquisition / ECA+" en économie et en anglais. Il est donc devenu premier ministre. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Les notes des élections politiques ont des conséquences désastreuses, la preuve...

Mais il existe un groupe d'entités qui n'a rien, mais alors vraiment rien compris à la psychologie de l'être humain et aux valeurs d'égalité et de bisounourserie. Ces entités s'appellent Moody's, Fitch Ratings et Standard and Poor's, et sont agences de notation financières. Et figurez vous que ces cabinets (bouh, les vilains, la peste soit de ces affreux jojos) osent mettre des notes aux différents pays du monde, au mépris des conséquences que ces notes peuvent avoir sur les individus.
Alors certes, elles ont essayé de faire des efforts. Plutôt que de mettre des notes sur 20, elles ont inventé une échelle allant de AAA à D, en passant par des BAA1, BA3 ou CCC+ (authentique), histoire de ne pas trop traumatiser les politiciens. 

Et figurez-vous que ces agences, suite à un contrôle surprise, ont décidé de mettre une mauvaise note à Georges Papandreou. Il lui ont mis BBB-, qui correspond à un "En Cours d'Acquisition -", ce qui est un peu mieux que "Non Acquis +++", mais un peu moins bien que "Bientôt Appris Mais Pas Encore =".
Et les conséquences ont été désastreuses ; le pays tout entier a sombré dans la dépression, traumatisé par cette note. Des millions de personnes ont manifesté pour la suppression des notes en politique, et le petit Georges s'est mis à boire, à regarder la Nouvelle Star et à vouloir mettre des notes à ses enfants. Une bien triste histoire en vérité...

Manifestation anti-notes en Grèce

Ce petit exemple illustre bien à quel point les notes sont un outil diabolique, destiné uniquement à détruire les individus. D'ailleurs une récente étude a prouvé que le IIIe Reich utilisait des notes dans ses écoles (les scientifiques et les historiens ayant fait l'étude se sont vus attribuer un joli point Godwin). 


C'est pourquoi je lance ici un appel pour la suppression des notes en politique. Merci de le signer en commentaire de cet article, et je suis sûr qu'ensemble nous pourrons faire changer les choses. 
Sur ce, je m'en vais noter les photos officielles des candidates à l'élection de Miss France, la France a (encore) besoin de moi. D'ailleurs, vous aussi, n'hésitez pas à noter cet article en commentaire !